Le Palazzo Schifanoia est une résidence de plaisance édifiée au milieu du XIVᵉ siècle pour les marquis d’Este, puis agrandie sous Borso d’Este dans les années 1460. Conçu pour offrir un lieu de divertissement hors des obligations de cour – schivar la noia, “chasser l’ennui” – il devient l’un des centres de la culture humaniste ferraraise. L’édifice accompagne l’affirmation politique de Borso d’Este, qui en fait un espace destiné aux cérémonies, à la représentation dynastique et aux activités récréatives de la cour.
L’architecture du palais relève du modèle des résidences suburbaines du Quattrocento. La façade longue et régulière exprime une sobriété propre aux architectures seigneuriales de Ferrare, tandis que les intérieurs accueillaient loggias, salles d’apparat et jardins attenants. Les transformations successives ont modifié l’organisation originelle, mais la structure conserve le rapport étroit entre espaces intérieurs et extérieurs, caractéristique des résidences de loisirs développées par la famille d’Este.
Le décor peint constitue l’élément majeur du palais, en particulier dans le Salone dei Mesi, réalisé vers 1469–1470 par les maîtres de l’atelier ferrarais : Cosmè Tura, Francesco del Cossa et Ercole de’ Roberti. Ce cycle illustre un programme iconographique humaniste complexe, organisé mois par mois sur trois registres. Dans la partie supérieure figurent les divinités planétaires associées au mois, représentées avec leurs attributs issus de la tradition astrologique et des textes humanistes. Le registre médian développe les signes du zodiaque et les décans, selon des modèles dérivés de l’astrologie arabe et des traités encyclopédiques médiévaux. La zone inférieure montre des scènes de la vie de cour : cérémonies, travaux saisonniers, distributions de faveurs ducales et allégories morales illustrant le bon gouvernement.
La composition mêle références antiques, motifs symboliques et observation du réel, selon un langage propre à la Renaissance ferraraise. Les figures monumentales de Francesco del Cossa, le raffinement narratif d’Ercole de’ Roberti et le style sculptural de Cosmè Tura confèrent à l’ensemble une cohérence tout en révélant la diversité de l’école de Ferrare. Malgré des pertes, les fresques constituent l’un des cycles humanistes les plus importants du XVe siècle en Italie du Nord.