Le parc de la Fundação de Serralves, à Porto, s’étend sur près de dix-huit hectares autour de la Casa de Serralves, remarquable villa Art Déco. Il se déploie depuis les jardins formels jusqu’aux espaces boisés, selon un tracé pensé pour relier l’architecture à la nature par un dialogue de lignes, de perspectives et de niveaux.
Inspiration et conception artistique
Conçu dans les années 1930 par l’architecte-paysagiste français Jacques Gréber, le parc s’organise autour d’un axe central de plus de cinq cents mètres orienté vers le fleuve Douro. Cette composition symétrique s’inspire des jardins classiques à la française, tout en intégrant des éléments typiquement portugais, comme les terrasses plantées et les escaliers monumentaux. Le parcours, rythmé par des bassins, des pergolas et des alignements d’arbres, conduit progressivement vers un lac romantique, transition douce entre la rigueur géométrique et le naturel du paysage.
La richesse botanique du lieu, regroupant environ deux cents espèces d’arbres et d’arbustes autochtones et exotiques, joue un rôle structurant dans la perception du site : c’est un espace à la fois ordonné et vivant. Les interventions contemporaines, notamment la passerelle suspendue parmi les cimes des arbres dessinée par Carlos Castanheira, prolongent cette recherche d’harmonie entre nature et création humaine. Le visiteur y découvre un point de vue inédit, invitant à contempler la canopée et à percevoir la continuité du parc sous un angle aérien.
Symbolique et atmosphère
L’ensemble repose sur une tension entre deux pôles : la nature maîtrisée, représentée par les jardins géométriques, et la nature libre des prairies et sous-bois. Cette dualité traduit la recherche d’équilibre entre raison et sensibilité. L’axe principal symbolise la volonté humaine d’organiser l’espace, tandis que le lac, situé à un niveau inférieur, évoque une descente vers la tranquillité et la méditation.
Les compositions végétales, mariant essences locales et exotiques, suggèrent à la fois l’ouverture au monde et l’enracinement dans le territoire portugais. Quant à la promenade dans les hauteurs, elle incarne un changement de regard : une élévation physique et spirituelle, un moment suspendu au-dessus du quotidien.
Contexte historique et patrimonial
Le domaine, anciennement Quinta do Lordelo, fut transformé dans l’entre-deux-guerres pour accueillir un projet d’ensemble associant art, architecture et paysage. Le jardin de Gréber, rare exemple de commande privée d’une telle ampleur au Portugal, marqua l’introduction d’un langage paysager international dans un contexte local. Devenu propriété publique, le site a conservé son intégrité originelle tout en s’enrichissant d’interventions contemporaines, formant aujourd’hui un des ensembles culturels les plus emblématiques du pays.