La cathédrale San Petronio, dédiée au patron de Bologne, occupe une place centrale sur la Piazza Maggiore et constitue un exemple majeur de l’architecture gothique italienne. Sa construction débute en 1390, mais l’édifice reste inachevé, notamment pour la façade, où seule la partie inférieure en brique est complétée par le portail en marbre réalisé au XIVᵉ siècle. Ce portail, sculpté avec des motifs floraux et figuratifs, constitue un rare élément décoratif sur la façade inachevée et reflète l’influence des maîtres lombards et toscans de la fin du Moyen Âge. Il introduit le visiteur dans l’espace sacré par une ouverture monumentale qui contraste avec la sobriété des murs supérieurs.
Le plan de l’église est celui d’une basilique à trois nefs avec transept marqué, tandis que l’élévation intérieure se distingue par de hautes colonnes et des voûtes croisées d’ogives qui accentuent la verticalité typique du gothique émilien. L’intérieur est largement décoré de fresques illustrant des épisodes bibliques, hagiographiques et allégoriques. Parmi les cycles les plus connus figure celui consacré à la Divine Comédie de Dante, peint par Giovanni da Modena entre 1410 et 1415 dans la chapelle Bolognini. Cette fresque retrace le passage des âmes à travers l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, en suivant la narration poétique du poète florentin. Une des scènes les plus remarquables et controversées représente le prophète Mahomet tourmenté par le diable au sein de l’Enfer, un épisode conforme à la vision médiévale occidentale telle que rapportée par Dante dans l’Inferno (Chant XXVIII). La composition insiste sur la punition et la damnation, en accord avec le programme moral et théologique de l’ensemble, tout en s’inscrivant dans la tradition picturale gothique, où la dramatisation des figures et la vivacité des couleurs accentuent l’effet émotionnel sur le spectateur.
D’autres fresques de Giovanni da Modena et de ses contemporains illustrent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, des vies de saints, et des épisodes symboliques, tous organisés pour guider le regard du fidèle à travers une narration continue et immersive. Ces décors témoignent du rôle pédagogique et spirituel de la peinture religieuse à Bologne, où art, théologie et littérature se conjuguent pour instruire et émouvoir les fidèles tout en affirmant l’identité civique et religieuse de la ville.
L’ensemble du programme pictural de San Petronio, associé au portail sculpté et à la structure inachevée de la façade, illustre la manière dont l’architecture et la peinture gothique italienne combinaient monumentalité, récit et symbolisme pour créer un espace sacré à la fois impressionnant et profondément narratif.