Architecture et décor intérieur
L’architecture de l’église San Pietro in Ciel d’Oro est un exemple remarquable du style roman lombard, construite principalement en brique avec des angles et des encadrements de fenêtres en grès. La façade, simple et divisée en trois zones par deux contreforts, correspond aux nefs intérieures et est surmontée d’une loggia aveugle et de motifs d’arcs entrelacés. Le portail, orné d’un tympan représentant saint Michel flanqué de deux figures en prière, date probablement de 1050-1090 et provient d’une basilique antérieure. À l’intérieur, l’édifice se compose de trois nefs avec un transept, une abside et une crypte, divisées en cinq travées : rectangulaires pour la nef centrale et carrées pour les bas-côtés. Les voûtes d’arêtes couvrent les travées, tandis que la première travée, plus haute, agit comme un atrium intérieur avec une voûte en berceau. L’église, mentionnée dès 604, a été rénovée entre 720 et 725 par le roi lombard Liutprand, et sa forme romane actuelle a été consacrée en 1132.
Le décor intérieur est somptueux, notamment dans l’abside où le plafond est orné de mosaïques en feuilles d’or derrière des tesselles de verre, donnant à l’église son nom de « Ciel d’Or ». Le presbytère abrite l’Arche de saint Augustin, un chef-d’œuvre gothique en marbre réalisé par Giovanni di Balduccio entre 1362 et 1365, divisé en trois bandes : un socle inférieur avec une urne pour les reliques, une bande centrale ouverte avec une statue de saint Augustin endormi, et une bande supérieure avec plus de 150 statues d’anges, de saints et d’évêques, ainsi que des scènes de la vie du saint. L’arche contient une boîte-reliquaire en argent d’époque lombarde offerte par Liutprand vers 725. Le sol de l’église est plus bas que le niveau actuel de la place, et de nombreux sarcophages et monuments funéraires ont été retirés au XVIe siècle suite au Concile de Trente, avec des restes enterrés sous la nef principale lors des restaurations du XIXe siècle.
Les sépultures de personnages célèbres
Les sépultures célèbres font la renommée de l’église, qui abrite les reliques de saint Augustin d’Hippone, transférées de Cagliari vers 720-723 et déposées ici par Liutprand pour renforcer le prestige de Pavie ; elles ont été redécouvertes en 1695, authentifiées en 1728, et réinstallées en 1896 après une période à la cathédrale de Pavie. Le philosophe Boèce (VIe siècle) est enterré dans la crypte. Le roi lombard Liutprand (mort vers 744) repose au pied du dernier pilier de la nef droite, avec des analyses récentes (2018) confirmant des ossements d’individus de haut rang des VIe-VIIIe siècles. L’église a servi de panthéon royal pour la dynastie Visconti à partir des années 1360, avec les tombes de Galeazzo II Visconti, Violante Visconti, Lionel d’Anvers (duc de Clarence), le condottiero Facino Cane, et d’autres figures comme Francesco d’Este ou Richard de la Pole (tué à la bataille de Pavie en 1525).
Les reliques de saint Augustin
La présence de saint Augustin à Pavie, dans l’église San Pietro in Ciel d’Oro, est liée à l’histoire mouvementée de ses reliques après sa mort en 430 à Hippone (actuelle Annaba, Algérie). Saint Augustin fut d’abord enterré dans la cathédrale de sa ville épiscopale, où sa tombe fut respectée même sous la domination vandale. Au VIe siècle, face aux invasions et aux persécutions, ses restes furent transférés en Sardaigne (Cagliari), où ils reposèrent pendant environ deux siècles.
Au début du VIIIe siècle, vers 720-725, l’île de Sardaigne fut menacée par les incursions sarrasines. Selon les chroniques de Bède le Vénérable et d’autres sources, le roi lombard Liutprand (qui régnait depuis Pavie, sa capitale) racheta les reliques aux Sarrasins pour une somme considérable (souvent citée comme 60 000 écus d’or). Il les fit transporter solennellement à Pavie, où elles furent déposées dans la crypte de l’église San Pietro in Ciel d’Oro, qu’il avait fait restaurer et embellir entre 720 et 725. Ce transfert, souvent appelé la « seconde translation » des reliques, visait à honorer le grand Père de l’Église et à renforcer le prestige religieux et politique de la capitale lombarde. Les reliques arrivèrent dans une cassette en argent d’époque lombarde, offerte par Liutprand lui-même, et furent placées sous l’autel.
Au XIVe siècle, en 1327, le pape Jean XXII confia la garde du tombeau aux Augustins (frères de l’Ordre de Saint-Augustin) par la bulle Veneranda Santorum Patrum. En 1362-1365, un chef-d’œuvre gothique fut réalisé : l’Arca di Sant’Agostino, un monumental sarcophage en marbre sculpté par Giovanni di Balduccio et son atelier, orné de plus de 95 statues et 50 bas-reliefs illustrant la vie du saint (conversion, baptême par saint Ambroise, miracles, donation de la règle, funérailles de sainte Monique, etc.). Cette arche, élevée au-dessus de la crypte dans le presbytère, devint le centre du culte.
Les reliques connurent des vicissitudes ultérieures : les Augustins furent expulsés en 1785, et les restes transférés à la cathédrale de Pavie en 1799 sous l’occupation napoléonienne. Elles furent redécouvertes en 1695 dans la crypte (confirmant leur authenticité en 1728), puis réinstallées dans l’église en 1896 après le retour des Augustins en 1896. Aujourd’hui, elles reposent dans une urne en cristal et bronze doré (commandée en 1883), placée au pied de l’arche, au cœur de la basilique.
Cette présence fait de San Pietro in Ciel d’Oro un lieu de pèlerinage majeur pour les Augustins et les fidèles, célébrant notamment en 2023 le 1300e anniversaire du transfert par Liutprand, et soulignant le rôle de saint Augustin comme docteur de l’Église et patron spirituel.