Fondée au VIIe siècle et restaurée au XIe siècle sous l’impulsion de l’abbé Dominique (Domingo Manso), l’abbaye bénédictine de Silos devint l’un des centres monastiques majeurs de la Castille médiévale. Placée sur une voie secondaire du pèlerinage compostellan, elle joua un rôle intellectuel notable grâce à son scriptorium, actif dans la copie et l’enluminure de manuscrits mozarabes. Après un déclin à l’époque moderne, la communauté fut rétablie au XIXe siècle par des moines venus de Solesmes.
L’ensemble architectural actuel reflète principalement les XIe-XIIe siècles. L’église, reconstruite à l’époque baroque (XVIIIe siècle), conserve cependant des éléments romans dans son plan et son implantation. Le cloître, achevé entre la fin du XIe et le XIIe siècle, constitue l’un des chefs-d’œuvre du roman castillan. Organisé sur deux niveaux, il présente au rez-de-chaussée une galerie rythmée d’arcades en plein cintre reposant sur des colonnes géminées aux chapiteaux sculptés.
Le décor sculpté du cloître forme un programme iconographique cohérent. Les grands reliefs d’angle représentent notamment l’« Incrédulité de saint Thomas » (vers 1100), la « Descente de croix » (vers 1100) et les « Pèlerins d’Emmaüs » (vers 1100), œuvres anonymes d’ateliers romans castillans. Les chapiteaux développent un répertoire biblique et symbolique : scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, bestiaire fantastique et motifs végétaux stylisés.
Le patrimoine artistique de Silos inclut également des manuscrits enluminés, parmi lesquels le Beatus de Silos (vers 1109), commentaire illustré de l’Apocalypse issu de la tradition mozarabe. Enfin, l’abbaye demeure un centre vivant du chant grégorien, perpétuant une tradition liturgique qui contribue à son rayonnement culturel et spirituel en Castille.