La cathédrale de San Sabino est l’un des principaux lieux de culte de Bari et un exemple représentatif de l’architecture romane en Pouilles. Elle remplace, dans la deuxième moitié du XIIᵉ siècle, l’ancien Duomo byzantin détruit par le Normand Guillaume Ier en 1156, après la rébellion des habitants contre son autorité. Cette destruction massive affecta l’ensemble de la ville, et la reconstruction permit de réaffirmer le contrôle normand tout en offrant un nouvel espace de culte adapté aux exigences liturgiques et politiques du temps.
L’édifice conserve un plan basilical à trois nefs, séparées par des colonnes et des piliers massifs, et se distingue par la sobriété et la rigueur de ses lignes romanes. La façade principale, ponctuée de portails ornés de motifs géométriques et sculptés, témoigne de l’influence lombarde sur l’architecture normande en Apulie. L’intérieur, vaste et lumineux, met en valeur l’élégance des proportions et le raffinement des détails sculptés. Le pavement, réalisé en opus sectile, est l’un des éléments décoratifs les plus anciens, attestant des techniques artisanales locales.
La crypte baroque, aménagée ultérieurement sous l’influence des styles du XVIIᵉ siècle, abrite des reliques et constitue un espace de dévotion particulier. Elle est associée au Museo del Succorpo, qui conserve des objets liturgiques, des sculptures et des ornements liés à la vie de la cathédrale, offrant un témoignage précieux de l’histoire religieuse et artistique de Bari.
Parmi les éléments patrimoniaux remarquables figure la mosaïque paléochrétienne dite de Timothée. Datée des premiers siècles du christianisme, elle illustre la continuité de la tradition liturgique dans la ville et représente un lien direct avec l’ancien Duomo byzantin. Cette mosaïque, conservée dans un des espaces de la cathédrale, se distingue par sa facture simple mais expressive, mêlant symboles chrétiens et influences stylistiques orientales.
L’histoire de la cathédrale de San Sabino témoigne de la complexité politique et religieuse de Bari au Moyen Âge, entre domination normande et héritage byzantin. Par son architecture, ses décors et ses espaces annexes comme la crypte et le musée, elle constitue un exemple significatif de la manière dont les constructions religieuses médiévales intègrent fonction spirituelle, pouvoir politique et tradition artistique.