Histoire
La construction du Duomo a commencé en 1386 sous l’impulsion de l’archevêque Antonio da Saluzzo et du duc Gian Galeazzo Visconti, qui a fourni le marbre de Candoglia et des exemptions fiscales pour accélérer les travaux. Initialement conçu en style gothique lombard avec des briques, il a intégré des influences françaises rayonnantes. Les travaux ont progressé par intermittence : la moitié de la cathédrale était achevée en 1402, mais ils ont ralenti jusqu’en 1480 en raison de problèmes financiers. Sous les Sforza, la nef et les bas-côtés ont avancé, et la coupole octogonale a été terminée entre 1500 et 1510. Au XVIe siècle, saint Charles Borromée a impulsé des réformes intérieures, mélangeant gothique et Renaissance. La façade a été achevée sous Napoléon en 1812, avec des ajouts néo-gothiques. La plupart des flèches et arches ont été ajoutées au XIXe siècle, et le dernier portail a été inauguré en 1965, marquant l’achèvement officiel après près de six siècles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale a subi des dommages mineurs et a servi de refuge. Des restaurations récentes, comme celle de la façade de 2003 à 2009, ont révélé le marbre original, et une campagne en 2012 permet aux donateurs d' »adopter » des flèches pour leur préservation.
Le site du Duomo occupe un emplacement ancien remontant à l’époque romaine. Avant sa construction, il abritait deux basiliques : Santa Maria Maggiore et Santa Tecla, érigées respectivement au IVe et IXe siècles, et détruites par un incendie en 1075. C’est dans l’ancienne basilique de Santa Tecla, ou plus précisément dans son baptistère octogonal paléochrétien datant de 335 (accessible aujourd’hui sous la cathédrale), que saint Ambroise a baptisé saint Augustin en 387 apr. J.-C. Ces structures ont été démolies pour faire place au Duomo en 1386.
Architecture
Le Duomo est une structure en brique recouverte de marbre rose de Candoglia, mesurant 158,6 mètres de long, 92 mètres de large et 108 mètres de haut, avec une capacité de 40 000 personnes. Son plan cruciforme inclut une nef à quatre bas-côtés, un transept, un chœur et une abside, soutenus par 40 piliers. Les voûtes gothiques atteignent 45 mètres, parmi les plus hautes au monde. Le style est principalement gothique rayonnant, avec des influences flamboyantes et perpendiculaires, caractérisé par des arcs-boutants, des pinacles ajourés, 135 flèches et une profusion de sculptures. La façade comporte cinq portails, des fenêtres gothiques et des contreforts. Critiqué pour son mélange stylistique par certains comme John Ruskin, il est loué pour sa grandeur et sa légèreté.
Œuvres d’art
À l’intérieur, le Duomo abrite de nombreuses œuvres remarquables, comme la statue de saint Barthélémy écorché par Marco d’Agrate (1562), montrant le saint drapé de sa propre peau ; des sarcophages médiévaux des archevêques Ariberto da Intimiano, Ottone et Giovanni Visconti ; des autels de Pellegrino Pellegrini, dont la Visite de saint Pierre à sainte Agathe par Federico Zuccari ; le monument à Gian Giacomo Medici par Leone Leoni ; le candélabre Trivulzio (XIIe-XVIe siècles) avec des motifs végétaux et animaux ; des fresques, des vitraux du XIXe siècle et un orgue monumental. À l’extérieur, la façade et les flèches sont ornées de milliers de statues en marbre, dont la polychrome Madonnina dorée au sommet de la flèche principale (1762), ainsi que des bas-reliefs sur les portes représentant des motifs naturels et fantastiques.
Reliques
La cathédrale conserve des reliques précieuses, notamment un clou de la Crucifixion du Christ, marqué par une lumière rouge dans la coupole et exposé annuellement lors du Rite de la Nivola.Le tombeau de saint Charles Borromée (saint Carlo Borromeo) se trouve bien dans le Duomo. Il repose dans le Scurolo di San Carlo, une chapelle souterraine (crypte ou « scurolo » en dialecte milanais) située sous le presbytère, près de la crypte principale. Son corps est conservé dans une urne en cristal de roche et argent (conçue par Cerano et offerte par Philippe IV d’Espagne), visible à travers une châsse transparente. Il est exposé vêtu de ses habits épiscopaux, et cet espace est accessible aux visiteurs (souvent via un accès payant ou sur demande, selon les horaires et restaurations en cours). C’est l’un des lieux les plus vénérés de la cathédrale.
Les toits et la cour céleste
Les toits du Duomo, accessibles aux touristes moyennant un droit d’entrée, offrent une expérience unique avec une vue rapprochée sur les pinacles, flèches et sculptures ornant les arcs-boutants délicats. Cette « forêt » de structures ajourées et de statues (2500) crée une atmosphère céleste, souvent décrite comme une cour ou un panorama heavenly, avec des vues sur le ciel à travers les traceries et même une ligne méridienne astronomique. La Madonnina domine l’ensemble, et des panoramas virtuels sont disponibles pour une visite à distance.
le couronnement de Napoléon Bonaparte
Le couronnement de Napoléon Bonaparte comme roi d’Italie, le 26 mai 1805, dans le Duomo de Milan (la cathédrale Notre-Dame de Milan, ou Dôme), reste l’un des moments les plus spectaculaires et symboliques de son règne.
Après s’être fait sacrer empereur des Français le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris, Napoléon transforme la République italienne (qu’il présidait depuis 1802) en Royaume d’Italie le 17 mars 1805. Il en devient naturellement le souverain, refusant de céder ce titre à son frère Joseph qui ne voulait pas renoncer à ses droits sur la succession française.
La cérémonie milanaise est organisée avec un faste considérable, certains contemporains la jugeant même plus grandiose que celle de Paris :
- Le 26 mai 1805 (initialement prévue le 23), le Duomo est somptueusement décoré par l’architecte Luigi Canonica.
- Une longue galerie couverte et ornée relie le Palais Royal (Palazzo Reale) à la cathédrale, permettant à Napoléon d’entrer sous les yeux de la foule massée sur la piazza del Duomo.
- Des salves d’artillerie retentissent, les cloches sonnent, plus de 250 musiciens (dirigés par Francesco Pollini) accompagnent la liturgie.
- Deux trônes sont installés : un somptueux en haut d’une estrade de 25 marches (surmonté d’un dais soutenu par des cariatides figurant des Victoires), et un plus simple en bas pour les rituels.
- Joséphine, Élisa Bonaparte et le prince Eugène de Beauharnais occupent des tribunes d’honneur ; le corps diplomatique et les autorités sont également placés stratégiquement.
Napoléon entre à midi, précédé des insignes impériaux et royaux (dont ceux de Charlemagne et du futur royaume d’Italie). Il porte déjà la couronne impériale française et une couronne d’Italie.
Le cardinal Caprara, archevêque de Milan et légat pontifical, officie la cérémonie (le pape Pie VII n’est pas présent, contrairement à Paris).
Le moment le plus célèbre survient quand Napoléon s’empare lui-même de la légendaire Couronne de fer de Lombardie (conservée normalement à Monza) :
- Il la pose sur sa tête par-dessus la couronne impériale.
- Il prononce alors la formule historique : « Dio me l’ha data, guai a chi la tocca ! » (« Dieu me la donne, gare à qui la touche ! »), reprenant mot pour mot l’expression attribuée à Charlemagne.
Ce geste, très fort symboliquement, affirme à la fois la continuité avec l’empire carolingien et l’autocréation de son pouvoir : comme à Paris, il se couronne lui-même.
La cérémonie est accompagnée d’une messe solennelle, de Te Deum, et se termine par des festivités dans toute la ville.
Ce couronnement milanais marque l’apogée de la domination napoléonienne en Italie du Nord ; le Royaume d’Italie durera jusqu’en 1814. Le Duomo, encore inachevé à l’époque (sa façade définitive date du XIXe siècle), devient pour quelques années le théâtre d’un des plus mémorables sacres de l’histoire européenne.