Histoire
Le musée Poldi Pezzoli, situé au cœur de Milan, est une maison-musée élégante et intime. Fondé par le noble milanais Gian Giacomo Poldi Pezzoli (1822-1879), un collectionneur passionné qui transforma sa résidence en un écrin pour ses trésors artistiques, le musée ouvrit au public en 1881 suite à son legs à l’Académie de Brera. Influencé par sa mère Rosa Trivulzio, issue d’une famille illustre, Poldi Pezzoli commença par collectionner des armes et armures, puis s’orienta vers les arts décoratifs et les peintures de la Renaissance, engageant des artistes comme Luigi Scrosati et Giuseppe Bertini pour redécorer les pièces dans des styles historiques. Gravement endommagé lors des bombardements de 1943 pendant la Seconde Guerre mondiale, le palais fut reconstruit et le musée rouvrit en 1951, préservant une collection riche en peintures, sculptures, meubles, bijoux, horloges et porcelaines, témoignant du goût éclectique du XIXe siècle pour les arts du passé.
Les collections et œuvres majeures
Parmi ses œuvres majeures, le musée abrite des chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne, notamment de Sandro Botticelli avec la Vierge à l’Enfant (dite Madonna del Libro, vers 1480), une composition intime où la Vierge lit un livre des heures tandis que l’Enfant Jésus observe, illustrant la douceur et la lumière botticellienne, et le Déploration sur le Christ mort (vers 1495), une scène dramatique de lamentation empreinte d’émotion et de réalisme. Fra Filippo Lippi est représenté par la Pietà (Imago Pietatis, 1437-1439), une tempera sur panneau montrant le Christ mort soutenu par deux anges, avec un fond d’or et une expression de souffrance poignante qui reflète le style lyrique et humaniste du maître florentin. Andrea Mantegna figure avec la Vierge à l’Enfant et un séraphin (vers 1460), une petite peinture dévotionnelle où la Madone tient l’Enfant endormi dans un paysage perspectif, démontrant la maîtrise mantégnesque de la perspective et du modelé sculptural. Pietro Perugino est présent avec l’Imago Pietatis (vers 1490), une représentation du Christ en buste émergeant du tombeau, soulignant la sérénité et l’harmonie umbrienne typiques de l’artiste, maître de Raphaël. Les primitifs italiens sont bien illustrés par des œuvres comme la Madone de l’Humilité de Vitale da Bologna (vers 1353), une peinture gothique sur fond d’or avec la Vierge assise par terre, symbolisant l’humilité, et d’autres pièces de Bernardo Daddi ou Lippo Memmi, marquant les débuts de la peinture italienne avec leurs fonds d’or et leurs figures hiératiques. La collection de Vierges à l’Enfant est particulièrement riche, incluant les exemples de Botticelli et Mantegna mentionnés, ainsi que d’autres Madones lombardes par des artistes comme Bernardino Luini ou Ambrogio Bergognone, offrant une variété de représentations intimes et dévotionnelles de la maternité sacrée, souvent avec des paysages doux et une iconographie traditionnelle.
La salle de Dante
La salle de Dante, ou Studiolo Dantesco, est l’un des joyaux du musée, conçue entre 1853 et 1856 par Giuseppe Bertini et Luigi Scrosati comme l’étude privée de Gian Giacomo Poldi Pezzoli, inspirée du Moyen Âge et du poète Dante Alighieri. Unique survivante des décorations peintes originales après les bombardements de 1943, elle présente des fresques murales représentant Dante et des figures allégoriques, ainsi qu’une fenêtre multicolore en vitrail illustrant des scènes de la Divine Comédie, comme des épisodes de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis, avec Beatrice et Virgile guidant le poète. Ce vitrail, admiré par les Préraphaélites anglais pour son style évocateur et détaillé, mêle couleurs vives, motifs médiévaux et une esthétique romantique qui évoque le mouvement préraphaélite, avec une attention aux détails naturels et une idéalisation poétique. La salle, avec ses meubles sculptés et son plafond décoré, crée une atmosphère immersive, invitant à une contemplation littéraire et artistique de l’œuvre dantesque.