Le Palazzo Di Lorenzo del Castelluccio est l’une des plus remarquables demeures aristocratiques du XVIIIᵉ siècle à Noto. Il témoigne de la transition entre le baroque tardif sicilien et le goût néoclassique naissant à la fin du siècle des Lumières.
Histoire et contexte
Construit en 1782 pour la famille Di Lorenzo, marquis du Castelluccio, le palais s’inscrit dans le vaste mouvement de reconstruction de Noto après le séisme de 1693. Cette nouvelle ville, entièrement redessinée selon un plan régulier, devint un modèle d’urbanisme baroque. Le palais fut commandé à l’architecte Vincenzo Sinatra, disciple de Rosario Gagliardi, et se distingue par sa rigueur architecturale et son équilibre formel, déjà influencés par le néoclassicisme.
Architecture extérieure
La façade se caractérise par une élégance mesurée : deux niveaux ordonnés par des pilastres doriques et ioniques, un portail central flanqué de colonnes, des fenêtres encadrées de corniches et de frontons triangulaires. Les lignes sont sobres, les proportions équilibrées, les volumes clairs — une esthétique plus contenue que celle des palais baroques voisins. L’ensemble s’articule autour d’une cour intérieure à arcades qui distribue les accès vers les appartements nobles et les zones de service.
Espaces intérieurs
Le palais comprend plus d’une centaine de pièces réparties sur plusieurs étages. Les salons d’apparat du piano nobile conservent un décor raffiné : fresques néoclassiques, plafonds peints, stucs légers, sols en céramique de Caltagirone et papiers peints du XVIIIᵉ siècle. Parmi les espaces les plus remarquables figurent le grand salon de réception, la salle de musique, la bibliothèque et la chapelle privée. Les cuisines voûtées, les anciennes écuries et la remise aux carrosses sont également visitables, offrant une vision complète de la vie domestique d’une famille noble sicilienne.
Restauration et usage actuel
Resté longtemps inhabité au XXᵉ siècle, le Palazzo Castelluccio a fait l’objet d’une restauration intégrale à partir de 2011, sous la direction du collectionneur et mécène français Jean-Louis Remilleux. Les travaux ont redonné leur éclat d’origine aux décors, au mobilier et aux matériaux anciens, tout en adaptant certains espaces à un usage muséal. Depuis 2018, le palais est partiellement ouvert au public : les visiteurs peuvent découvrir ses salons restaurés et une partie des collections d’art décoratif.
Un projet de transformation en hôtel de prestige est en cours, visant à intégrer des chambres, un spa et des espaces d’accueil tout en préservant l’intégrité architecturale du lieu.