Adresse et accès
Le château-observatoire Abbadia (ou château d’Abbadia), à Hendaye, est situé sur la corniche basque. Le domaine naturel du Conservatoire du littoral, autour du château, est en accès libre.
Histoire
Antoine d’Abbadie d’Arrast (1810–1897), savant basco-irlandais, explorateur de l’Éthiopie, géographe, astronome, linguiste et défenseur de l’euskara (Euskaldunen Aita), fait bâtir ici, face à l’océan, une demeure à la fois château, chapelle et observatoire. Le chantier, lancé en 1864 après un premier projet de Clément Parent, est confié à Eugène Viollet-le-Duc et surtout à son disciple Edmond Duthoit ; il s’achève vers 1879–1884. Parc paysager d’Eugène Bühler. À sa mort, Antoine lègue le château à l’Académie des sciences, toujours propriétaire ; l’observatoire astronomique fonctionne jusqu’aux années 1970. Monument historique et Maison des Illustres.
Architecture et décor intérieur
Édifice néogothique inspiré des châteaux médiévaux, avec tourelles, créneaux et bestiaire sculpté, mais pensé comme laboratoire scientifique. Corps central et trois ailes : réception au sud (tour ronde), résidence et chapelle à l’est, observatoire au nord-ouest. L’intérieur est un mélange unique de gothique, d’orientalisme, d’Afrique et de christianisme : vestibule aux fresques éthiopiennes et vitrail héraldique (devises « Plus être que paraître », « Ma foi, mon droit ») ; salon d’honneur circulaire aux monogrammes A et V ; salon arabe et fumoir mauresque ; chambres d’Éthiopie et de Jérusalem ; boudoir persan ; bibliothèque à galerie de châtaignier et ferronnerie préfigurant l’Art nouveau (jadis plus de 10 000 volumes, fonds basque et manuscrits en guèze) ; chapelle où reposent Antoine et Virginie d’Abbadie. Inscriptions en basque, arabe, guèze et caractères gothiques. Une dizaine de pièces se visitent.
Les fresques et le décor peint
Le cœur figuratif d’Abbadia n’est pas un simple « orientalisme de salon » : c’est un programme ethnographique conçu sous le regard d’Antoine d’Abbadie, qui avait vécu plus de dix ans en Éthiopie, pieds nus, en turban et toge.
Dans le vestibule (environ 10 m de haut), qui articule les trois ailes du château, se déploie le cycle principal. Les cartons sont de Viollet-le-Duc et surtout d’Edmond Duthoit ; l’exécution est attribuée à J. Courtignon et Juan Landaburu. Huit à dix tableaux (selon les décomptes) occupent le registre supérieur, traités en polychromie murale à la manière médiévale chère à Viollet-le-Duc, mais avec des sujets contemporains et un réalisme inhabituel pour l’époque. Les légendes sont en guèze, langue liturgique éthiopienne. On y lit la vie en Abyssinie : école chrétienne (enfants parfois enchaînés à leur pupitre), hospitalité, préparation de l’injera (vanner et moudre le grain), repas d’un grand chef, orateur au parlement oromo, danfala (discours du guerrier), droit d’asile, procession chrétienne, scène de chasse. Croyances, pouvoir, instruction, société, guerre et droit tiennent ainsi en une frise. Au registre inférieur, boucliers éthiopiens, cornes et trophées (les lances d’origine ont disparu pendant l’Occupation) répondent aux objets peints. Au centre géométrique du château, la statue d’Abdullah, jeune esclave affranchi par d’Abbadie, brandit une lumière : abolitionnisme et accueil des hôtes.
Ailleurs, la peinture et le staff prolongent le récit. Le salon d’honneur, circulaire, est lambrissé, les murs bleus semés des monogrammes dorés A et V en lettres gothiques. Le fumoir mauresque (tourelle sud, à peine 2,40 m de diamètre) mêle coupole peinte, staff à motifs d’Alhambra, arc outrepassé et faïences persanes de Léon Parvillée. Le salon arabe, le boudoir persan de Virginie (près de la chapelle) et les chambres d’Éthiopie (bleue) et de Jérusalem (rouge) déclinent tissus, staff, calligraphies et devises. Porche et escalier portent un bestiaire néogothique (Viollet-le-Duc) ; l’entrée irlandaise annonce Céad míle fáilte, et l’on vise La Rhune par une meurtrière encadrée du basque Ez ikusi – Ez ikasi (« pas vu, pas appris »). Sur les murs court aussi Bizi bedi euskara. Vitrail héraldique de l’escalier : « Plus être que paraître », « Ma foi, mon droit ».
L’observatoire : histoire et description
D’Abbadie voulait une maison où science, foi et vie bourgeoise coexisteraient. Dès 1858, une première tour-observatoire est prévue sur des plans de Clément Parent. L’aile nord-ouest actuelle, nommée Ohartzea (« le fait de remarquer » en basque), n’est mise en chantier qu’après 1874, avec l’aide d’astronomes britanniques (Airy, Carrington) auprès de Duthoit. C’est la dernière pièce achevée, vers 1879.
L’instrument central est une lunette méridienne construite par Wilhelm Eichens (1879) : visée dans le plan du méridien pour noter le passage des étoiles et établir des catalogues de positions. Focale d’environ 2,07 m pour l’instrument définitif (1880). Objectif d’abord de Prazmovski, trop fragile pour le climat côtier, remplacé en 1896 par un verre de Dom Siffert. La précision visée atteignait le 1/10 000e de grade. Toiture coulissante, trappes et volets ; La Rhune sert de repère terrestre. Une équipe de six à huit observateurs travaillait sur place. Ambition initiale : jusqu’à 500 000 étoiles ; bilan réel, jusqu’à la fermeture : quatorze catalogues, près de 50 000 étoiles. Le ciel basque, souvent voilé, a limité le rendement.
Au legs de 1896–1897, l’Académie des sciences doit poursuivre les recherches. Directeurs : Antoine d’Abbadie (jusqu’en 1896), l’abbé Aloys Verschaffel (1896–1923), puis Calot, Foursac, Puiffe de Magondeaux. L’observatoire ferme en 1975 (parfois daté 1974). La lunette, récemment restaurée, reste en place ; des visites et séances de planétarium rappellent cette vocation. Abbadia n’est donc pas seulement un décor éclectique : c’est l’un des rares châteaux du XIXe siècle conçus d’emblée comme laboratoire astronomique, et qui l’est resté près d’un siècle.
Jours et horaires d’ouverture
Site fragile : fréquentation limitée, réservation obligatoire toute l’année sur chateau-abbadia.fr. Dernière entrée au parc : 45 min avant la fermeture.
Horaires types (vérifier le site ; fermeture annuelle 5–26 janvier ; aussi 1er mai, et souvent 24, 25 et 31 décembre) :
- Fin janvier – fin mars (fermé le lundi) : 14h–18h.
- 1er avril – 30 juin et 1er septembre – début novembre (fermé le 1er mai) : lun.–ven. 10h–12h30 et 14h–18h ; sam., dim. et fêtes 14h–18h.
- 1er juillet – 31 août : tous les jours 9h30–19h (visites guidées le matin et l’après-midi, visite libre en fin de journée).
- Novembre – décembre (fermé le lundi) : 14h–18h.
Visite surtout guidée hors été (environ 45 min). Escape game et planétarium selon le calendrier.