La basilique Sant’Eustorgio, un joyau historique de Milan souvent éclipsée par les sites plus touristiques, offre un aperçu fascinant de l’histoire paléochrétienne et romane de la ville, avec un accès gratuit à la basilique et payant pour son musée et ses chapelles.
Histoire
L’histoire de Sant’Eustorgio remonte au IVe siècle, fondée vers 344 par l’évêque Eustorge Ier de Milan, qui y aurait transféré les reliques supposées des Rois Mages depuis Constantinople. Reconstruite en style roman au XIIe siècle après des destructions, elle devint au XIIIe siècle le siège principal des Dominicains à Milan, entraînant des ajouts architecturaux. En 1162, lors du sac de la ville par Frédéric Barberousse, les reliques furent emportées à Cologne ; seules quelques fragments furent restitués en 1903-1904. L’église abrita la première horloge publique de Milan en 1309 et fut restaurée au XIXe siècle, préservant son rôle spirituel et culturel.
Architecture et décor intérieur
L’architecture intérieure de la basilique est typiquement romane, avec une nef centrale flanquée de deux collatéraux voûtés d’arêtes, et une abside partiellement conservée de l’édifice original. Des vestiges paléochrétiens ont été excavés sous l’abside, révélant les fondations du IVe siècle. Au sud, une série de chapelles du XIVe-XVe siècles, commandées par des familles nobles comme les Visconti, ajoutent des fresques et tombes, créant un espace intime et historique propice à la contemplation.
Parmi ses œuvres d’art majeures, le triptyque d’Ambrogio Bergognone (vers 1490-1500), un retable Renaissance représentant des saints, orne une chapelle du XVe siècle avec un sépulcre adjacent. Un sarcophage paléochrétien vide des Rois Mages, datant du IVe siècle et découvert en 1764 avec des pièces à l’effigie de l’empereur Constans, trône dans le transept droit près d’un polyptyque du XVe. La légende des reliques des Rois Mages entoure l’église : apportées par Eustorge Ier, elles symbolisent l’Épiphanie ; leur vol en 1162 et restitution partielle inspirent le campanile surmonté d’une étoile au lieu d’une croix, évoquant l’Étoile de Bethléem.
Chapelle Portinari
La chapelle Portinari, édifiée de 1462 à 1468 derrière l’abside, est un chef-d’œuvre de la Renaissance lombarde commandé par Pigello Portinari, banquier florentin des Médicis, comme sépulture privée et reliquaire pour la tête de saint Pierre de Vérone, un inquisiteur dominicain martyrisé en 1252 et canonisé pour sa lutte contre l’hérésie cathare. Inspirée de Brunelleschi, elle arbore une coupole à ogives ornée de fresques de Vincenzo Foppa (1464-1468) illustrant la vie de Pierre Martyr, avec des illusions perspectivistes et des tons lumineux. Elle abrite l’arche funéraire en marbre de Giovanni di Balduccio (1336-1339), un monument gothique sculpté avec des reliefs bibliques, rendant hommage à ce saint protecteur des Dominicains.