Le palais national de Pena domine Sintra du haut de son éperon rocheux et incarne l’un des plus fascinants témoignages du romantisme architectural du XIXᵉ siècle. Édifié entre 1842 et 1854 sur les ruines d’un ancien monastère hiéronymite, il fut commandé par Ferdinand II, prince d’origine allemande et époux de la reine Marie II de Portugal. Passionné d’art et d’architecture, ce souverain visionnaire voulut créer une résidence d’été poétique et symbolique, inspirée autant des châteaux médiévaux que des rêveries exotiques de son temps.
L’architecte Baron von Eschwege conçut un ensemble d’une liberté stylistique totale, où cohabitent et s’entremêlent les références néo-gothiques, néo-manuélines, néo-mauresques, néo-Renaissance et baroques. L’ensemble revendique un goût du mélange et du pastiche, caractéristique du romantisme européen : un véritable « règne du néo », où chaque élément évoque une époque ou un imaginaire. Les coupoles orientalisantes, les créneaux médiévaux, les azulejos colorés, les tours coniques et la célèbre fenêtre du Triton, symbole mythologique de la transformation du monde, participent à une esthétique du merveilleux et de l’évocation.
Cette extravagance évocatrice rapproche le palais de Pena des châteaux de Louis II de Bavière, notamment Neuschwanstein ou Linderhof, bien qu’il leur soit antérieur de plusieurs décennies. Comme eux, il illustre le désir romantique d’échapper au réel par la création d’un monde symbolique, saturé de références médiévales et orientales. À Sintra, Ferdinand II anticipe cette fascination pour le rêve royal et la synthèse des styles, en l’inscrivant dans le paysage luxuriant de la Serra de Sintra, transformé en parc romantique où la nature devient décor et théâtre de l’imaginaire.
Aujourd’hui, classé Patrimoine mondial de l’UNESCO, le palais de Pena apparaît comme le prototype du château romantique européen, où l’histoire, la mythologie et l’exotisme fusionnent dans une composition totale, reflet du XIXᵉ siècle et de son goût pour la relecture poétique du passé.