Le Ponte Scaligero est un pont fortifié construit vers 1354–1356 sous Cangrande II della Scala, en même temps que le Castelvecchio, dont il constituait la voie de retraite stratégique. Cet ouvrage reliait la forteresse à la rive droite de l’Adige, permettant une sortie rapide en cas de soulèvement urbain. Sa fonction défensive explique l’absence de maisons riveraines, la largeur inhabituelle de la passerelle et la présence de mâchicoulis et merlons en forme de « queue d’hirondelle » typiques de l’architecture scaligère.
Le pont adopte un tracé oblique pour s’ancrer sur un point de confluence rocheux. Il repose sur trois grandes arches asymétriques : l’arche centrale, d’environ 48 mètres, est l’une des plus longues portées en arc brisé du XIVᵉ siècle en Europe. L’utilisation combinée de brique et de pierre blanche de Vérone crée un contraste visuel propre à l’ingénierie locale. Les piles massives sont orientées de façon à réduire la poussée du courant, particulièrement fort dans ce secteur du fleuve.
Détruit en 1945 par les troupes allemandes en retraite, le pont fut reconstruit entre 1949 et 1951 selon une approche de restitution fondée sur les relevés historiques, la récupération de blocs d’origine et l’emploi de briques produites à l’identique. Cette reconstruction, aujourd’hui considérée comme un exemple significatif de restauration post-guerre en Italie du Nord, a rétabli le rôle du pont dans le paysage urbain.
Le Ponte Scaligero constitue désormais un itinéraire piéton offrant un point de vue sur la forteresse et sur les méandres de l’Adige. Son association avec le Castelvecchio, sa structure fortifiée et la portée exceptionnelle de son arche centrale permettent de comprendre la capacité d’ingénierie militaire développée par les Scaligeri au XIVᵉ siècle et son influence sur l’organisation défensive de Vérone.