La vieille ville de Nicosie (Lefkosia), également appelée ville intra-muros ou walled city, est le cœur historique et le joyau patrimonial de la capitale de Chypre. Entourée de ses célèbres remparts vénitiens, elle constitue un témoignage vivant de plus de mille ans d’histoire multiculturelle, marquée par les influences byzantine, franque (Lusignan), vénitienne, ottomane et britannique.
Histoire
Nicosie devient la capitale de l’île sous les Lusignan (XIIe-XVe siècles), succédant à d’autres cités antiques. La ville médiévale s’étendait alors sur un périmètre plus large.
En 1567-1570, les Vénitiens reconstruisent entièrement les fortifications pour résister à l’Empire ottoman. Malgré cela, les Ottomans conquièrent la ville en 1570 après un siège sanglant. Sous la domination ottomane (1571-1878), puis britannique (1878-1960), la vieille ville conserve son rôle administratif et commercial.
En 1974, l’invasion turque divise l’île et la ville : la Ligne verte (Green Line) traverse la vieille ville, séparant la partie sud (contrôlée par la République de Chypre) de la partie nord (sous administration turque). Cette division perdure encore aujourd’hui.
Style architectural
La vieille ville présente un mélange harmonieux de styles reflétant les différentes époques :
- Médiéval et Renaissance : Églises gothiques (cathédrale Sainte-Sophie, aujourd’hui mosquée Selimiye au nord), palais et maisons avec cours intérieures.
- Ottoman : Maisons traditionnelles avec balcons en bois (sahnisin), hammams, fontaines et caravansérails (comme le Büyük Han).
- Vénitien : Influence sur les fortifications et certains bâtiments administratifs.
- Britannique : Touches coloniales du XIXe-XXe siècles.
Les ruelles étroites et pavées, les places ombragées et les bâtiments en pierre calcaire locale créent une atmosphère intime et pittoresque, aujourd’hui animée par des cafés, boutiques d’artisanat, galeries et street art.
Les remparts vénitiens
Les remparts vénitiens sont l’élément emblématique de la vieille ville. Ils forment un cercle presque parfait d’environ 5 km de circonférence, avec 11 bastions pentagonaux (en forme de cœur) et trois portes principales (Porte de Famagusta, Porte de Kyrenia et Porte de Paphos). Construits en grès et calcaire, ils constituent l’un des meilleurs exemples de fortifications Renaissance en Méditerranée orientale. Aujourd’hui, le fossé (moat) a été transformé en espaces verts et parcs publics (comme près de la place Eleftheria, œuvre de Zaha Hadid).
La zone de séparation (Ligne verte / Buffer Zone)
La vieille ville est tragiquement coupée en deux par la Ligne verte (Green Line), qui traverse son centre (notamment l’ancienne rue commerçante Ermou). Cette zone tampon de l’ONU (Buffer Zone), établie en 1964 et renforcée en 1974, sépare les deux communautés.
Dans la vieille ville, elle est parfois large de seulement quelques mètres, avec des bâtiments abandonnés, des barbelés, des bunkers et des postes d’observation de l’UNFICYP. Des points de passage existent (comme sur Ledra Street), permettant aux visiteurs de traverser depuis 2003. La zone reste un symbole poignant de la division de l’île, avec un mélange de silence et de mélancolie dans les rues fantômes de la Buffer Zone.