Histoire
La Pinacothèque Ambrosiana, située au cœur de Milan, est fondée en avril 1618 par le cardinal Federico Borromeo qui a fait don de sa précieuse collection de peintures, sculptures et dessins à la Biblioteca Ambrosiana qu’il avait établie en 1607. Elle est l’un des plus anciens musées de Milan et l’une des premières galeries d’art publiques au monde. Le cardinal, un grand humaniste et mécène, a conçu cette institution pour offrir une formation artistique et intellectuelle gratuite à quiconque possédait des aptitudes, en soutien à une académie des beaux-arts active de 1621 à 1776. Ses agents ont parcouru l’Europe occidentale, la Grèce et même la Syrie pour acquérir des manuscrits, livres et œuvres d’art, enrichissant ainsi les collections au fil des siècles. Aujourd’hui, la Pinacothèque abrite des trésors de la Renaissance et au-delà, incluant des œuvres de maîtres lombards du XVIIe siècle comme Morazzone ou Daniele Crespi, jusqu’à des artistes du XIXe comme Francesco Hayez.
Les collections et œuvres majeures
Parmi ses œuvres phares, la Corbeille de fruits de Caravage (vers 1599) est un chef-d’œuvre du naturalisme baroque. Cette nature morte représente un panier débordant de fruits variés, certains mûrs et d’autres pourrissants, avec des feuilles flétries et des imperfections réalistes qui symbolisent la vanité et la fugacité de la vie. Elle marque l’une des premières natures mortes autonomes en peinture, démontrant la maîtrise de Caravage dans le rendu des textures et de la lumière, et illustre son influence révolutionnaire sur le genre. Le Portrait de dame aux perles d’Ambrogio de Predis (vers 1490), parfois identifié comme un portrait de Béatrice d’Este, est une élégante représentation en profil d’une femme noble, ornée d’une parure de perles et d’un voile fin. Cette œuvre, issue du cercle de Léonard de Vinci avec qui de Predis collabora, met en valeur la finesse lombarde de la Renaissance, avec un rendu délicat des tissus et une sérénité classique qui évoque l’idéal de beauté courtoise. Les maîtres lombards sont bien représentés, notamment Bernardino Luini, un disciple de Léonard connu pour ses Vierges à l’Enfant douces et gracieuses. Parmi ses œuvres, des Madones comme la Vierge aux roses ou d’autres compositions similaires montrent une influence léonardesque avec des figures sereines, des paysages doux et une palette lumineuse, incarnant la piété intime et l’harmonie de la Renaissance lombarde. La collection inclut également des chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci lui-même, comme le célèbre Portrait d’un musicien (vers 1485), un tableau inachevé où le visage, d’une finesse et d’une expressivité extraordinaires, est attribué à la main du maître, tandis que le reste pourrait être dû à des collaborateurs ; ainsi que des œuvres de Titien, dont l’Adoration des Mages (vers 1559-1560), une composition mature empreinte de dynamisme et de lumière vénitienne, la Sainte Marie-Madeleine et un Homme en armure, qui témoignent de la richesse vénitienne du XVIe siècle avec leur palette vibrante et leur sensualité caractéristique.
Le carton préparatoire de l’École d’Athènes de Raphaël
Le carton préparatoire de l‘École d’Athènes de Raphaël, réalisé vers 1508-1509, est une œuvre monumentale (plus de 2,85 m de haut sur 8 m de large) composée de 210 feuilles de papier collées, servant de modèle grandeur nature pour la fresque de la Chambre de la Signature au Vatican, commandée par le pape Jules II. Acquis par le cardinal Federico Borromeo en 1626 pour 600 lires impériales, après avoir été prêté à l’Ambrosiana dès 1610, il a connu une histoire mouvementée : réquisitionné par Napoléon en 1796, endommagé par l’eau lors de son retour en 1815, et restauré plusieurs fois, notamment en 1887 avec un doublage sur toile. La restauration récente (2014-2019), menée par des experts de l’Ambrosiana, des Musées du Vatican et d’autres institutions, a corrigé les erreurs passées, stabilisé l’œuvre et l’a placée dans une vitrine géante de 24 m² pour une visibilité optimale. Il représente une assemblée idéale de plus de 50 philosophes antiques, centrée sur Platon (pointant vers le ciel, symbolisant l’idéal) et Aristote (main tendue, représentant le monde empirique), entourés de figures comme Socrate, Héraclite (portrait de Michel-Ange), Pythagore ou Euclide, dans une architecture grandiose évoquant la renaissance de la philosophie classique. Pour une découverte ludique et interactive, l’installation conçue par Stefano Boeri inclut un chemin d’approche pour observer les détails à différentes distances, une table en chêne avec textes de référence, vidéos informatives et outils éducatifs permettant d’identifier les philosophes, de comprendre leur rôle et la dynamique de l’œuvre, transformant la visite en une exploration engageante.