Le pont Valentré, ou pont de Balandras, est l’emblème de Cahors. Pont fortifié du XIVe siècle sur le Lot, parfois appelé « pont du Diable », il est classé monument historique (1840) et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO (1998) au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Histoire de la construction
En 1306, les consuls de Cahors décident un troisième pont de pierre, à l’ouest, pour ouvrir un axe est-ouest et fortifier l’entrée sud de la presqu’île. La première pierre est posée le 17 juin 1308.
Le chantier dure environ soixante-dix ans et s’achève vers 1378 (mise en service dès le milieu du siècle). Guerre de Cent Ans, crues et difficulté technique expliquent cette lenteur. Ni les Anglais ni, plus tard, Henri IV n’attaquent l’ouvrage : la dissuasion a fonctionné. Les deux autres ponts médiévaux de Cahors disparaîtront ; le Valentré reste.
Au XIXe siècle, le pont sert un temps d’aqueduc pour l’eau de la fontaine des Chartreux. Paul Gout, élève de Viollet-le-Duc, le restaure de 1879 à 1882. Il fait sculpter un diablotin sur la tour centrale, là où manquait une pierre, pour figurer la légende.
Selon celle-ci, l’architecte, à bout, vend son âme au Diable pour finir le pont. Au moment de payer, il lui demande d’apporter de l’eau dans un tamis. Furieux d’être joué, Satan envoie chaque nuit un diablotin arracher la dernière pierre de la tour centrale, afin que le pont ne soit jamais tout à fait achevé.
Architecture
C’est l’un des ponts fortifiés médiévaux les plus complets qui subsistent. Longueur : 138 m au-dessus de l’eau, environ 172 m avec les accès en dos d’âne. Largeur : 5 à 6 m. Les tours s’élèvent à près de 40 m au-dessus du Lot.
Six arches ogivales gothiques (environ 16,50 m d’ouverture) reposent sur des piles protégées par des avant-becs triangulaires en amont et des arrière-becs en aval. Des ouvertures dans les piles permettent de dégager les embâcles. Deux arches ne sont noyées qu’en crue.
Trois tours carrées, crénelées, à mâchicoulis, archères et herses, barrent le tablier. Des châtelets fermaient autrefois les têtes ; le pont-levis de rive gauche a été remplacé par une arche sèche. Le profil en dos d’âne, plus marqué côté ville, a aidé l’ouvrage à résister aux crues qui emportèrent les autres ponts.
Construit en calcaire local, le Valentré est à la fois passage, forteresse et signal : on le voit de loin, trois tours dressées sur le fleuve.