Histoire
L’église San Maurizio al Monastero Maggiore, souvent surnommée la « Chapelle Sixtine de Milan » remonte à l’époque lombarde, où elle a été fondée en réutilisant des édifices romains antiques, tels qu’une tour polygonale des remparts de Maximien et une tour carrée de l’ancien hippodrome. L’église actuelle a été entièrement reconstruite entre 1503 et 1518, sous la direction des architectes Gian Giacomo Dolcebuono, Giovanni Antonio Amadeo et Cristoforo Solari. Elle était conçue en deux parties distinctes : une pour les fidèles et une pour les nonnes, séparées par un mur pour respecter la clôture monastique. Cette division a persisté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Le monastère attenant, connu sous le nom de Monastero Maggiore, était le couvent féminin bénédictin le plus important de Milan. Documenté dès les VIIIe-IXe siècles, il était initialement dédié à la Vierge Marie avant d’être associé à saint Maurice en 964, suite à une donation de reliques par l’empereur Otton Ier. Le complexe monastique, entouré de vastes jardins potagers, a fonctionné jusqu’en 1798, avec une interruption pendant l’occupation napoléonienne. En 1864, il est devenu propriété de la municipalité et abrite aujourd’hui le Musée archéologique civique de Milan.
Décor intérieur
L’intérieur de l’église est célèbre pour son décor somptueux de fresques du XVIe siècle, qui couvrent entièrement les murs, les voûtes et les chapelles, illustrant l’évolution de la peinture lombarde de la Renaissance. Les œuvres principales incluent un cycle dédié à la vie de saint Maurice par Bernardino Luini, flanqué d’une Adoration des Mages d’Antonio Campi. D’autres fresques, réalisées par les fils de Luini (dont Aurelio), Simone Peterzano et influencées par l’école forlivese, dépeignent des scènes bibliques comme le martyre de sainte Catherine d’Alexandrie, le Mariage à Cana, ou encore des portraits de saints, martyrs et bienfaiteurs tels qu’Alessandro Bentivoglio et Ippolita Sforza. La salle des nonnes, également peinte, présente un ciel étoilé au plafond avec Dieu, les Évangélistes et des anges, ainsi qu’une représentation de l’Ecce Homo.
Bernardo Luini
Bernardino Luini (vers 1480/1482 – juin 1532) est un peintre italien de la Renaissance, originaire du nord de l’Italie, particulièrement associé à l’école lombarde et au cercle de Léonard de Vinci. Né sous le nom de Bernardino de Scapis à Runo (une frazione de Dumenza, près du lac Majeur), il s’installe à Milan vers 1500 avec son père. Peu de détails précis subsistent sur sa vie personnelle, mais il est considéré comme l’un des principaux disciples de Léonard à Milan, influencé par son style, notamment dans le modelé des figures, les sourires doux et les compositions harmonieuses, tout en développant une sensibilité plus religieuse et mélancolique.
Luini excelle dans la peinture religieuse, les fresques et les représentations de la Vierge à l’Enfant, des saints et des scènes bibliques. Ses œuvres se caractérisent par des figures féminines gracieuses aux yeux allongés (qualifiées de « luinesques »), une douceur expressive, une palette lumineuse et un sentiment de piété fervente. Il travaille beaucoup à fresque, décorant églises et monastères en Lombardie. Parmi ses réalisations majeures figurent les fresques de l’église San Maurizio al Monastero Maggiore à Milan (vers 1522-1524), où il peint un cycle sur la vie de saint Maurice, des scènes du martyre de sainte Catherine, des portraits de bienfaiteurs comme Alessandro Bentivoglio et Ippolita Sforza, ainsi que des compositions autour de la partition séparant les fidèles des nonnes.
Il réalise également des fresques à Saronno (notamment dans le sanctuaire de la Beata Vergine dei Miracoli), à Lugano, Chiaravalle et d’autres sites lombards. Ses peintures sur panneau incluent de nombreuses Madones à l’Enfant, des portraits et des sujets mythologiques ou allégoriques. Ses fils, dont Aurelio Luini, poursuivent son style et collaborent parfois avec lui.