Situé sur le plateau de Gizeh, à moins de trois kilomètres des pyramides, le Grand Musée égyptien (GEM) constitue le plus vaste musée jamais consacré à la civilisation pharaonique. Son ouverture, après plus de vingt ans de travaux, symbolise la volonté de l’Égypte de doter ses trésors archéologiques d’un cadre à la mesure de leur importance historique. Ce complexe monumental s’étend sur 47 hectares mêlant espaces d’exposition, jardins, réserves et laboratoires de restauration ultramodernes.
Genèse d’un projet monumental
Les collections égyptiennes, d’abord exposées au musée de Boulaq à partir de 1863 sous la direction d’Auguste Mariette, furent transférées en 1902 dans le Musée égyptien du Caire, place Tahrir. Ce bâtiment néoclassique a longtemps été l’épicentre de l’égyptologie, mais l’afflux croissant de pièces et les découvertes récentes ont rendu nécessaire la création d’un musée plus vaste et plus sécurisé. Le concours d’architecture lancé en 2002 fut remporté par le cabinet irlandais Heneghan Peng Architects, dont le projet s’inspire de la géométrie pyramidale et de la topographie du désert. Les crises économiques, politiques et sanitaires ont successivement retardé le chantier, achevé au début des années 2020.
Une architecture pensée comme un dialogue avec les pyramides
Le musée s’organise autour d’un grand axe visuel reliant le Nil aux pyramides. Le parvis monumental, en pente douce, conduit au vaste hall dominé par la statue colossale de Ramsès II (hauteur 11 m), transportée depuis la gare du Caire après restauration. L’intérieur, baigné de lumière, distribue les galeries d’exposition par un escalier monumental. Une paroi vitrée de plus de 60 mètres de long ouvre une perspective directe sur les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos. Le complexe comprend également un centre de conservation doté de laboratoires spécialisés en restauration textile, organique et minérale.
Les collections : un panorama complet de la civilisation pharaonique
Le GEM abrite plus de 130 000 objets retraçant plus de 5 000 ans d’histoire, depuis les premières dynasties jusqu’à l’époque gréco-romaine. Parmi les pièces emblématiques figurent les statues de Séthi Ier, d’Amenhotep III et de la déesse Sekhmet, des bas-reliefs provenant de Saqqarah, ainsi qu’une exceptionnelle collection de papyrus et d’objets domestiques illustrant la vie quotidienne de l’Égypte ancienne.
L’un des ensembles majeurs est le trésor funéraire de Toutankhamon, exposé pour la première fois dans son intégralité. Découvert en 1922 par Howard Carter dans la Vallée des Rois, il comprend plus de 5 500 objets : mobilier, chars, armes, vêtements, instruments rituels et bijoux. Le célèbre masque funéraire de Toutankhamon (vers 1323 av. J.-C.), constitué de 10,32 kg d’or massif et d’incrustations de pierres semi-précieuses, occupe une place centrale dans l’exposition.
Autre pièce spectaculaire, la barque solaire de Khéops, découverte en 1954 au pied de la Grande Pyramide, a été transférée et restaurée dans un pavillon dédié au sein du musée. Longue de plus de 43 mètres, cette embarcation en bois de cèdre, démontée en 1 200 pièces, illustre la symbolique du voyage du pharaon vers l’au-delà et constitue l’un des témoignages techniques les plus impressionnants de l’Ancien Empire.
Une institution tournée vers la recherche et la médiation
Le Grand Musée égyptien est également un centre de recherche et de conservation d’envergure internationale. Ses laboratoires permettent la restauration d’objets fragiles tels que les textiles funéraires, les papyrus ou les pigments muraux. Des espaces pédagogiques et immersifs, combinant reconstitutions 3D et dispositifs audiovisuels, visent à rendre accessible au public l’évolution de l’art, de la religion et de la société égyptienne antique.
Véritable héritier du musée du Caire, le GEM marque une nouvelle étape dans la valorisation du patrimoine égyptien.