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France > Bayeux

Tapisserie de Bayeux

La Tapisserie de Bayeux n’est pas une tapisserie au métier : c’est une broderie de laine sur toile de lin, longue d’environ 70 mètres et haute de 50 centimètres. Elle raconte, en images et en latin, comment Guillaume, duc de Normandie, a conquis l’Angleterre en 1066.

Histoire

L’œuvre est probablement commandée vers 1070 par Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume et évêque du lieu, et brodée dans des ateliers anglo-saxons du Kent, souvent situés à Cantorbéry. La légende romantique de la reine Mathilde brodant elle-même la toile est un mythe du XIXe siècle. Neuf lés de lin sont assemblés. Quatre teintures végétales donnent une dizaine de nuances. Cinq points, surtout le point de tige et le point couché, dessinent 58 scènes, plus de 600 personnages, une quarantaine de navires, plus de 200 chevaux, des édifices — dont le Mont-Saint-Michel — et plus de 2 200 lettres latines.

Le récit va du voyage d’Harold en Normandie au serment de Bayeux, à la comète de Halley, à la traversée de la Manche et à la bataille d’Hastings (14 octobre 1066). Ce n’est pas un reportage neutre : c’est la justification d’une conquête. Harold y apparaît comme parjure. La dernière partie de la bande est perdue ; on ignore comment l’histoire se terminait.

Iconographie

L’iconographie a trois registres. Au centre, l’action politique et militaire. Au-dessus et au-dessous, des bordures peuplées de fables d’Ésope, d’animaux réels ou fantastiques, de scènes de labour, de chasse, parfois d’érotisme. Ces frises ne sont pas un simple ornement : elles commentent, ironisent, annoncent. Les figures sont de profil ou de trois-quarts, sans perspective savante, mais avec un sens aigu du geste : rames, étriers, flèches, banquet, construction de navires. Odon combat à Hastings avec un bâton, non une épée : l’évêque ne doit pas verser le sang. Harold, à la fin, est souvent lu comme frappé à l’œil ; les restaurations du XIXe siècle ont modifié certains détails, et les spécialistes débattent encore.

Conservation et restauration

Sa survie tient du hasard. Conservée dans le trésor de la cathédrale de Bayeux, elle n’est mentionnée clairement qu’en 1476 : on la suspend autour de la nef quelques jours par an, pour la Fête des reliques. À la Révolution, elle échappe de peu à la destruction — on voulait en faire des bâches. Napoléon la fait venir à Paris en 1803 pour servir sa propagande d’invasion de l’Angleterre, puis la renvoie. Classée monument historique en 1840 (l’objet l’est pleinement au XIXe), elle est étudiée, copiée, parfois maladroitement restaurée. En 1944, les Allemands s’y intéressent ; elle est mise à l’abri. Depuis 1983, elle est exposée dans l’ancien séminaire, à l’abri de la lumière (environ 50 lux), à 18-20 °C et 50-55 % d’humidité. Propriété de l’État, déposée à la Ville de Bayeux, elle est inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco depuis 2007.

Le chantier actuel n’est pas seulement architectural. On a retiré le dosseret, dépoussiéré le textile, constaté taches, plis et accrocs. L’objectif n’est pas de « refaire » la broderie, mais de la consolider et de lui donner, en 2027, une vitrine à sa mesure : horizontale, continue, à l’abri du siècle qui l’a presque perdue plusieurs fois.

Le musée est fermé depuis le 1er septembre 2025. L’ancien Grand séminaire du XVIIe siècle est rénové et une extension de 3 800 m² est construite pour présenter enfin l’œuvre dans toute sa longueur. Réouverture prévue en octobre 2027, pour le millénaire de la naissance de Guillaume. Un prêt au British Museum (Londres) a été envisagé de septembre 2026 à juin 2027 ; les sites officiels de Bayeux indiquent aussi que la broderie peut rester invisible pendant les travaux.

Vérifiez bayeuxmuseum.com et britishmuseum.org avant tout déplacement.

Infos pratiques

13 bis rue de Nesmond 14400 Bayeux, Normandie, France
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