Histoire et groupe épiscopal antique
Le site est le pôle chrétien intra-muros de Marseille, distinct de Saint-Victor (nécropole extra-muros).
Au Ve siècle, sous l’évêque Proculus (vers 381–428), s’installe un vaste groupe épiscopal sur la falaise nord-ouest de la ville antique :
- l’ecclesia (cathédrale primitive) ;
- le baptistère Saint-Jean, le plus grand connu en Gaule ;
- la résidence de l’évêque (domus / palais).
Des mosaïques du début du Ve siècle (fouilles Inrap, tunnel et esplanade) confirment cette date. L’ensemble affirme l’ambition de Marseille face aux autres sièges de Narbonnaise. L’évêque Oresius est déjà à Arles en 314.
Au XIIe siècle, une cathédrale romane (la Vieille Major) remplace en partie l’ecclesia. Il en reste le chœur, une travée de nef, le transept à coupole octogonale et l’abside — amputé de deux travées lors du chantier du XIXe siècle. La chapelle Saint-Lazare (sculptures de Francesco Laurana, XVe s.) s’y greffe.
La Nouvelle Major est voulue par Mgr de Mazenod pour 3 000 fidèles, face au port de la Joliette. Première pierre : 26 septembre 1852, par Louis-Napoléon Bonaparte. Architectes : Léon Vaudoyer, puis Henry Espérandieu et Henri Révoil. Ouverte au culte en 1893, basilique mineure en 1896, consacrée en 1897, classée en 1906. C’est l’une des très rares cathédrales françaises du XIXe siècle, et l’une des plus grandes depuis le Moyen Âge.
Architecture actuelle et décor intérieur
Style romano-byzantin : plan en croix latine, clochers occidentaux et coupoles orientales (référence à Notre-Dame des Doms d’Avignon et à Constantinople). Bichromie surnommée « le pyjama » : pierre blanche de Calissane / Carrare et pierre verte de Florence.
Dimensions : environ 142–146 m de long ; coupole principale ~70 m de haut, ~18 m de diamètre ; tours du portique ~60 m.
Intérieur somptueux : mosaïques vénitiennes, onyx d’Italie et de Tunisie, marbres, ciborium en onyx. À voir : les quatre Évangélistes de Botinelly, le Christ et sainte Véronique de Carli, autels de Cantini, tombeau de saint Eugène de Mazenod. Reliques attribuées à Lazare dans une chapelle latérale (culte médiéval, non preuve historique).
À l’est, la Vieille Major reste collée à la nouvelle : deux cathédrales côte à côte, seize siècles d’occupation du même sol.
Le baptistère paléochrétien
Découvert vers 1850 dans la cour de la prévôté, dégagé lors des fondations de la Nouvelle Major, le baptistère Saint-Jean a été détruit par le chantier : il se trouve sous le transept actuel. On le connaît par les relevés et aquarelles du XIXe siècle (Roustan) et par les fouilles ultérieures.
Description reconstituée
- Extérieur carré (~25 m de côté), plus de 600 m² — sans équivalent en Gaule (Aix ~225 m², Fréjus et Riez ~100 m²).
- Intérieur octogonal, comme Aix, Fréjus, Riez.
- Déambulatoire à colonnade (deux séries de huit colonnes) autour de la piscine octogonale.
- Coupole probable au-dessus de la cuve.
- Décor : mosaïques polychromes au sol du déambulatoire ; marqueterie de marbre (rouge, noir, blanc) sur les parois basses, les niches et la cuve.
Des mosaïques paléochrétiennes du groupe épiscopal sont encore visibles in situ dans la Vieille Major (fouille 1994). D’autres fragments et une mosaïque aux paons ont été trouvés sur l’esplanade. Le baptistère lui-même n’est plus visitable comme édifice : il n’existe plus qu’en plan, en dessins et en quelques blocs remployés.
Les mosaïques de la Vieille Major
Les mosaïques de la Vieille Major sont le tapis de la cathédrale de Proculus, un décor africain transplanté sur la falaise de Marseille vers 400–450, dont il ne reste que des fragments géométriques sous l’église du XIIe siècle. Ces tapis appartenaient à l’ecclesia du groupe épiscopal de Proculus : édifice estimé à environ 50–60 m de long et 25–34 m de large, trois nefs, quelques mètres au sud du baptistère Saint-Jean (détruit sous le transept de la Nouvelle Major).
Aucun sol entier n’a survécu. Les sept fragments sont des registres géométriques de grande qualité, comparables à l’Afrique du Nord (Djemila, Hergla) et à l’Italie du Nord (Aquilée, Ravenne) : atelier formé au répertoire africain de la fin du IVe siècle.
Exemples documentés :
- Fragment O (bordure le long du mur gouttereau antique) : filets ocre et noir ; bande de nœuds de Salomon (blanc/rouge, blanc/bleu sur fond noir) alternant avec des peltes rouges ; tresse à trois brins rose et gris-bleu.
- Fragment P (~1,65 × 0,95 m) : cercles tangents en lacis de tresses (blanc/ocre/jaune et blanc/rouge/rose sur fond noir) ; petits carrés concaves à fleuron dans les vides.
- Fragment Q : entrelacs octogonaux et cruciformes.
Le pavement d’ensemble devait être une suite de panneaux à canevas différents, y compris des motifs d’entrecolonnement qui aident à restituer les trois nefs.
Comment les explorer aujourd’hui ?
La Vieille Major (chœur et une travée, à l’est de la Nouvelle Major) n’a pas d’horaires de musée. Les mosaïques ne sont pas mises en scène comme à Aquilée. Demander à l’accueil de la cathédrale (place de la Major) si un accès ou une visite commentée (dimanche, P. Dullier) permet de voir le sol de la travée romane.
Jours et horaires de visite (hors offices)
Selon la paroisse (à vérifier sur place) :
- 1er avril – 31 octobre : tous les jours 10h–19h
- 1er novembre – 31 mars : tous les jours 10h–17h30 (dimanche parfois jusqu’à 19h)
Entrée libre et gratuite. Les visites s’arrêtent pendant les messes.
Messes habituelles : mercredi et vendredi 12h30 ; dimanche 17h30.
Visite commentée gratuite le dimanche à 16h en été (15h en hiver), par le P. Bernard Dullier ; rendez-vous à l’entrée.
La Vieille Major n’a pas les mêmes horaires réguliers que la grande nef : se renseigner à l’accueil. Tenue correcte demandée : c’est une église, non un musée.