Histoire
Le nom vient du copte akhmimique tarau, « chardons ». Longtemps simple bourgade agricole, Daraw devient unité locale en 1945 (alors « municipalité de Daraw »), puis ville et chef-lieu de markaz. Sa fortune tient à sa place sur la route des caravanes : terminus égyptien du Darb al-Arbaïn, la « route des Quarante Jours » qui reliait le Darfour et le Kordofan soudanais au Nil. Les chameaux y arrivaient à pied ; ils viennent aujourd’hui surtout en camion depuis Abou Simbel ou Wadi al-Allaqi. Le centre accueille le mausolée et la mosquée du cheikh Amer, fêté à la mi-chaabane. Une base aérienne se trouve à proximité. Le markaz englobe quatre unités villageoises : Al-Jaafra, Al-Mansouriya, Benban et Al-Shatb.
Population
Le markaz compte 152 541 habitants (estimation CAPMAS, juillet 2023), contre 83 028 en 1996 et 136 561 au recensement de 2017. La ville seule est souvent estimée entre 40 000 et 60 000 habitants ; le reste est rural. Environ 57 % de la population du markaz vit encore à la campagne. Les habitants se disent darawi / darawiya. On y trouve des familles de Haute-Égypte et des groupes liés aux tribus Al-Jaafra, Al-Ababda et Al-Ansar. L’arabe de Haute-Égypte est la langue quotidienne.
Style de vie traditionnel
Daraw reste un bourg de marché : canne à sucre, blé, dattes, légumes et fruits autour de la ville ; boutiques de cordes, fouets, harnais et outils. Les journées de souk mêlent paysans, éleveurs soudanais, Ababda et commerçants venus du Caire. On s’habille de façon couvrante ; le marché n’est pas une attraction « décontractée ». La maison Beit al-Kenzi (1912), de style nubien, rappelle les villages engloutis par le barrage. Le rythme est celui du Nil et du mardi : avant l’aube vers le marché, l’après-midi vers les champs.
Le marché aux bestiaux
C’est le plus célèbre marché aux chameaux d’Égypte. Pic d’activité le mardi ; aussi le samedi et le dimanche, en général de 6 h à 14–15 h. Un à deux milliers de dromadaires par semaine y transitent, élevés au Soudan, vendus pour la viande (notamment le kofta), le transport ou l’élevage, puis souvent envoyés vers le Caire. Le mardi, on y trouve aussi moutons, chèvres, vaches, taureaux et volailles. Poussière, cris, marchandage à la poignée de main, fouets et bâtons : le lieu est brut, odorant en été, et très photographié par les croisières. Tenue modeste indispensable.
Artisanat
L’artisanat local est d’abord utilitaire, lié au marché : cordes, fouets, hampe, mors, nattes. Dans les familles nubiennes et rurales du markaz : vannerie en feuille de palmier (plateaux, corbeilles, nattes aux motifs géométriques), poterie d’argile du Nil, perles et cloisons de tiges de palmier comme à Beit al-Kenzi. Les femmes complètent parfois les revenus par ces pièces vendues aux visiteurs de passage. Pour un artisanat nubien plus spectaculaire (maisons peintes, bijoux, henné), Gharb Seheil, plus au sud, reste plus fourni ; Daraw, lui, vend surtout le geste du troc et l’objet du quotidien.