Le Ghetto de Venise est institué en 1516 par un décret du Sénat de la République, imposant aux Juifs de résider dans un périmètre fermé situé dans le sestiere de Cannaregio. Le choix du lieu n’est pas fortuit : l’espace correspond à une ancienne zone de fonderies (geti en vénitien), déjà délimitée par des canaux et facilement contrôlable. Les motivations sont à la fois religieuses, sociales et économiques : contenir une communauté jugée étrangère au corps civique chrétien tout en conservant son rôle essentiel dans le crédit, le commerce et certaines activités artisanales.
Le ghetto s’organise en plusieurs phases. Le Ghetto Nuovo constitue le noyau initial, suivi du Ghetto Vecchio en 1541, puis du Ghetto Nuovissimo en 1633, conséquence de la croissance démographique. L’enfermement nocturne, matérialisé par des portes gardées, coexiste avec une relative autonomie interne. Faute d’espace, les immeubles s’élèvent en hauteur, donnant naissance à certains des bâtiments résidentiels les plus hauts de la Venise ancienne. Malgré les contraintes, le ghetto devient un centre intellectuel majeur, marqué par l’édition hébraïque, la musique liturgique et les échanges entre communautés ashkénaze, séfarade et levantine.
La période napoléonienne met fin au statut juridique du ghetto en 1797, avec l’abolition des portes et l’égalité civile. Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, le quartier reste un lieu de mémoire, profondément marqué par les persécutions nazies et les déportations de 1943–1944, commémorées aujourd’hui par des monuments sobres intégrés à l’espace urbain.
Le Ghetto conserve un ensemble exceptionnel de lieux à visiter. Cinq synagogues historiques subsistent : la Scuola Grande Tedesca (1528), la Scuola Canton (vers 1531), la Scuola Italiana (1575), la Scuola Levantina (1541, remaniée au XVIIᵉ siècle) et la Scuola Spagnola (1584), certaines accessibles par le Musée juif de Venise. Le Campo del Ghetto Nuovo et le Campo del Ghetto Vecchio structurent l’ensemble et accueillent les mémoriaux de la Shoah réalisés par Arbit Blatas (1980–1985).
Aujourd’hui, le Ghetto de Venise demeure un quartier habité, lieu de culte, de recherche historique et de transmission culturelle, intégré à la ville tout en conservant une identité urbaine et mémorielle unique en Europe.