Commentaire culturel
L’église Sainte-Agnès-en-Agone, reconstruite au XVII° siècle par Borromini, se dresse au centre de la place Navone sur l’emplacement d’un oratoire du VIII° siècle, établi sur le lieu où, d’après la tradition, Agnès (sainte, vierge et martyre) a été suppliciée en 304 ou 305 pendant la persécution de Dioclétien.
Au début du IV° siècle, sainte Agnès est martyrisée. Une arcade du stade de Dioclétien (couvrant l’actuelle place Navone) est transformée en petit sanctuaire.
Au II° siècle, la basilique Sant’Agnese fuori le Mura est construite sur sa tombe.
Au XVII° siècle, un regain d’intérêt pour la sainte conduit le pape Innocent X (1644-1655) à lancer en 1652 la construction d’une nouvelle église, chapelle de son palais attenant.
Trois architectes se succèdent : Rainaldi, éloigné par les critiques, puis Borromini et, à la mort du pape, Rainaldi à nouveau et enfin Le Bernin.
Sur la façade, deux clochers encadrent un arc central concave. La faible hauteur de la façade laisse apparaître la coupole, symbolisant le divin et ainsi mise à l’honneur.
L’intérieur, sur un plan en croix grecque, regroupe l’entrée et trois chapelles. L’autel principal est surmonté d’un beau retable avec la sainte Famille, sainte Elisabeth, saint Zacharie et saint Jean-Baptiste. Au dos de l’autel, le chef (crâne) d’Agnès repose dans un reliquaire en argent.
Les deux chapelles latérales sont consacrées respectivement à sainte Agnès et à saint Sébastien.
La décoration (marbre, stucs, dorures et peintures) a été exécutée à la fin du XVII° siècle.
Les quatre niches, invitant à méditer sur la vie des martyrs saint Alexis, sainte Emerenziana, sainte Cécile et saint Eustache, font reposer la coupole sur un octogone. Au-dessus des niches, les pendentifs présentent (fresques) les quatre vertus cardinales : la Justice (épée et balance), la Prudence (miroir à double face), la Force (casque et lance) et la Tempérance (mors présenté par un ange). Ces vertus étaient déjà présentes dans l’Ancien Testament et chez les philosophes grecs, comme Pythagore, Socrate, Platon ou Aristote.
La fresque de la coupole illustre sainte Agnès introduite à la gloire du paradis, au milieu d’une profusion d’anges, de saints, de personnages bibliques. La Vierge, en robe rouge, présente sainte Agnès au Christ (croix, couronne d’épines, clous, éponges, lance).
Du lanternon descendent la lumière et l’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe.
Commentaire spirituel
Sur les pas des martyrs.
Née vers 290, Agnès (sainte, vierge et martyre) serait issue de la noblesse romaine et serait la sœur de lait de sainte Émérentienne.
Cette sainte célèbre est principalement connue par des traditions orales recueillies dans la seconde moitié du IV° siècle dans les écrits de saint Damase et de saint Ambroise, enrichies aux V° et VI° siècles par la la légende hagiographique, reprise notamment par la Passion pseudo-ambrosienne et largement diffusée au Moyen Age par la Légende dorée de Jacques de Voragine.
Sainte Agnès, ayant rejeté les avances du fils du préfet de Rome, s’oppose à son père et lui confie qu’elle est chrétienne et promise à Jésus-Christ.
Le préfet lui ordonne de sacrifier aux dieux romains sous peine d’être enfermée dans un lupanar. Refusant de lui céder, Agnès, dépouillée de ses vêtements, y est conduite, nue, à travers la ville mais ses cheveux poussent miraculeusement et recouvrent son corps.
Arrivée dans le lupanar, un ange apparaît et l’enveloppe d’une lumière éblouissante et l’endroit devient un lieu de prière. Un démon étrangle le fils du préfet qui rend visite à Agnès, et qui meurt. Furieux, le préfet ordonne qu’Agnès soit brûlée en place publique mais le feu l’épargne et détruit ses bourreaux. Finalement, Agnès est égorgée.
Son martyre aurait eu lieu en 304 ou 305 pendant la persécution de Dioclétien mais le lieu, la date de sa mort et la nature de son supplice restent incertains.
Quoi qu’il en soit, une dévotion fervente s’est développée. La basilique Sant’Agnese fuori le Mura est construite sur sa tombe, au-dessus des catacombes auxquelles elle a donné son nom et son culte est attesté dès 354. L’église Sainte-Agnès-en-Agone s’élève sur l’emplacement présumé de son martyre.