L’église Saint-Irène de Lecce est située dans le centre historique de la ville, non loin de la cathédrale. Dédiée à saint Irénée, ancien protecteur de Lecce avant l’adoption officielle de saint Oronce, elle fut édifiée à la fin du XVIᵉ siècle pour l’ordre des Théatins. La construction débuta en 1591 et s’acheva vers 1639, dans un contexte de renouveau catholique marqué par les principes de la Contre-Réforme, qui influencèrent fortement son programme architectural et décoratif.
L’architecture de l’édifice s’inscrit dans le courant maniériste tardif, avec des apports baroques progressifs. Le projet est attribué à des architectes liés à l’ordre des Théatins, notamment Francesco Grimaldi et Giuseppe Valeriano, actifs dans le sud de l’Italie. La façade, sobre et rigoureusement ordonnée, est structurée sur deux niveaux rythmés par des pilastres et un fronton central, traduisant une recherche d’équilibre et de clarté doctrinale. Le plan intérieur est basilical à nef unique, bordée de chapelles latérales communicantes, selon un modèle favorisant la prédication et la lisibilité liturgique.
Le décor intérieur associe sculpture et peinture dans un langage pleinement baroque, caractéristique de Lecce au XVIIᵉ siècle. Les autels latéraux, richement sculptés en pierre de Lecce, présentent un foisonnement de motifs végétaux, d’anges, de putti et de figures symboliques. Ce travail est en partie attribué à Francesco Antonio Zimbalo, figure majeure de la sculpture baroque locale, actif également à la basilique Santa Croce.
La décoration peinte joue un rôle essentiel dans l’identité de l’église. Plusieurs toiles sont dues à Giuseppe Verrio, peintre d’origine napolitaine établi à Lecce, auteur de compositions religieuses marquées par une forte intensité narrative et chromatique. On trouve également des œuvres de Giovanni Andrea Coppola, peintre actif dans le Salento, dont le style combine naturalisme et héritage du maniérisme tardif. Ces peintures illustrent des épisodes bibliques et hagiographiques en cohérence avec la spiritualité théatine.
Par l’unité de son architecture, la richesse maîtrisée de son décor sculpté et la qualité des œuvres peintes, l’église Saint-Irénée constitue un exemple représentatif du passage du maniérisme au baroque à Lecce, et un témoignage significatif de la production artistique locale entre la fin du XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle.