Histoire
Le site est occupé dès l’Antiquité (temple gallo-romain, puis fanum). Au XIe siècle, Raoul de Tancarville y installe une collégiale de chanoines. Vers 1113-1114, son fils Guillaume de Tancarville fonde une abbaye bénédictine, peuplée de moines venus de Saint-Évroult. L’abbatiale s’élève dans les décennies suivantes. Les Mauristes reconstruisent le logis conventuel vers 1690 et aménagent les jardins. À la Révolution, la vie monastique s’arrête ; l’église devient paroissiale. Le Département de la Seine-Maritime gère le clos, la salle capitulaire et les jardins.
L’ordre était bénédictin, puis mauriste (congrégation de Saint-Maur) aux XVIIe-XVIIIe siècles.
Architecture
L’abbatiale, achevée vers 1125-1140, est un des plus purs exemples du roman normand tardif : unité de style, pierre claire de Caumont, tour-lanterne d’environ 57 m, longueur hors œuvre d’environ 70 m. Le portail occidental, sans tympan selon l’usage normand, multiplie les voussures géométriques (créneaux, palmettes, dents de scie). À l’intérieur, l’élévation reste claire et mesurée. La salle capitulaire (vers 1160-1170, abbé Victor), collée au croisillon nord, marque le passage du roman au gothique. Les jardins, reconstitués d’après des plans mauristes, sont labellisés Jardin remarquable.
Décor sculpté et symbolisme
Le décor sculpté de l’abbatiale est volontairement sobre, comme souvent en Normandie au XIe-XIIe siècle : modillons à têtes étranges, chapiteaux où l’animal et le monstre priment parfois sur le réalisme. Sur le portail, des chapiteaux montrent le Péché originel, l’ange chassant Adam et Ève du Paradis, la Fuite en Égypte, des apôtres, un loup ou un renard étranglant une poule. Le triforium porte des médaillons (guerriers, évêque bénissant). Les sculpteurs sacrifient parfois la forme à la signification : le corps déformé sert le message plus que la ressemblance.
C’est dans la salle capitulaire que le programme symbolique est le plus explicite. Trois statues-colonnes (tradition de Chartres, rare en Normandie) incarnent la vie bénédictine : saint Benoît (« Fili, suscipe disciplinam » : mon fils, reçois la discipline), la Vie (« Vita beata vocor ») qui écrase un démon, et la Mort (« Ego mors hominem jugulo corripio » : je suis la Mort, je saisis et j’égorge l’homme). L’ensemble est un avertissement : toute infraction à la Règle sera sanctionnée ici par l’abbé, successeur de Benoît. Les chapiteaux historiés déroulent l’Histoire sainte (Adam et Ève, Enfance du Christ, Entrée à Jérusalem, Sacrifice d’Abraham, Josué, Samson, Serpent d’airain) et des scènes profanes (musiciens). D’autres chapiteaux du cloître disparu, aujourd’hui au musée de Rouen, confirment la qualité de l’atelier et l’influence chartraine. Le décor n’est pas ornemental : il enseigne, menace et rappelle aux moines, chaque jour, le combat entre la discipline et la mort.
Horaires de visite
L’église abbatiale, devenue paroissiale, se visite librement hors offices. Les jardins et bâtiments conventuels (payants) sont ouverts d’avril à octobre de 9 h 30 à 18 h 30, en mars et novembre de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h. Fermeture hivernale fréquente de décembre à février pour les individuels ; fermé les 1er mai, 1er et 11 novembre. Site : jardinsdelabbayesaintgeorges.fr.
Les offices : messe dominicale généralement le dimanche à 10 h 30 dans l’abbatiale ; messe anticipée le samedi à 18 h, parfois dans une autre église de la paroisse. Vérifiez sur paroisseboscherville.org.