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Sur le chemin d’Emmaüs

Un article de Laurent Guillon Verne pour Terre Sainte Magazine  Israël & Palestine - Pèlerinage Sur le chemin d’Emmaüs

“S’il fallait donner tout l’Évangile pour une seule scène, je n’hésiterais guère, je désignerais les disciples d’Emmaüs”. Citation de l’académicien Jean Guitton (Jésus, Grasset, 1999). Mais voilà… la profondeur du propos est proportionnelle à la profondeur du doute qui agite l’organisateur de pèlerinage lorsqu’il s’agit de choisir son Emmaüs. Sera- t-il Amwas Nicopolis, Abou Gosh ou El Quebeibeh ?

Luc dit que cette bourgade et le chemin emprunté par les deux disciples en compagnie du Christ ressuscité n’ont pas été situés de façon certaine. (Lc 24, 13-35)

Amwas, Emmaüs ou Nicopolis ?

Emmaüs viendrait de l’hébreu « hammat » qui signifie « sources chaudes ». Dans le talmud*, la ville est en effet réputée pour ses eaux chaudes et la vie agréable qu’on y mène. Au IIe s., sous la domination grecque, « hammat » prend la forme grecque d’Emmaüs, retenue dans la littérature biblique, juive et païenne. Au cours de la période romaine, la ville obtient le statut de « polis », c’est-à-dire de « cité », et s’appelle Nicopolis dans les actes officiels. Lorsque s’ouvre la période arabe, la ville est nommée Amwas, souvenir déformé de son ancien nom d’Emmaüs. La communauté des Béatitudes en est la gardienne depuis 1993.

Abu Gosh, église de la Résurrection

À 15 km de Jérusalem, les croisés y virent le site du repas d’Emmaüs et y construisirent une vaste église qui a conservé quelques superbes fresques. C’est un lieu de rencontre entre Orient et Occident, un carrefour des trois monothéismes et le site est enchanteur. Quittant les collines arides et la poussière du village, on découvre soudain une oasis de verdure, de beauté et de paix. Aujourd’hui, c’est un monastère où moines et moniales prient pour la réconciliation des hommes… en plein cœur d’un village musulman israélien !

El Quebeibeh 

Le petit village de El Quebeibeh pourrait aussi correspondre à l’Emmaüs décrit dans l’évangile de Luc. Il est construit sur une ancienne fortification romaine dite Castellum Emmaüs, à une distance exacte de soixante stades au nord de Jérusalem. Les Franciscains présents sur les lieux depuis 1355 découvrirent les vestiges d’une basilique croisée construite sur un édifice précédent ainsi que les traces d’un hameau médiéval.

Le débat reste ouvert entre les spécialistes, car la distance qui sépare la bourgade de Cléophas de Jérusalem ne s’accorde pas avec le nombre de stades donné par les manuscrits. La plupart d’entre eux situent Emmaüs à 60 stades de Jérusalem, soit environ une douzaine de kilomètres. Mais d’autres manuscrits, comme le fameux Simaïticus qui date du IVe siècle, parlent de 160 stades. Ce qui revient à dire que les disciples d’Emmaüs auraient parcouru 32 km en une journée et seraient revenus à Jérusalem par le même chemin le lendemain. Ce qui est tout à fait possible car, à cette époque, contrairement à aujourd’hui, on voyage en marchant et on a le pas vif.

Le lieu historique et les débats sur la distance qui le sépare de Jérusalem importent peu finalement puisque chaque site revendiqué ancre le pèlerin dans la méditation du texte de l’évangile.

Certains groupes choisissent de commencer leur pèlerinage à Emmaüs en prenant le texte de Luc comme feuille de route pour une traversée de l’histoire biblique avec le Christ. Un temps pour voir, entendre, rencontrer et comprendre.

D’autres groupes, au contraire, choisissent de conclure le séjour par un temps dans l’un de ces endroits avec une proposition de relecture du chemin parcouru pendant leur pèlerinage sur cette terre de l’incarnation de Dieu. Chaque pèlerin peut alors s’identifier au second disciple, celui qui n’est pas nommé. Dans ce pèlerinage parcouru du sud au nord, qu’a- t-il compris des écritures, de l’histoire de Moïse aux paroles des prophètes ?  Qu’a- t-il compris du message laissé par le Christ ? Les rencontres, les célébrations, les temps personnels ont-ils conduit à d’ouvrir les yeux et les cœurs au Christ ressuscité ?

Il ne sera alors pas nécessaire de revenir à Jérusalem : chaque pèlerin sera à son tour, porteur de la bonne nouvelle vers sa « Galilée », vers son chez lui.

Lc 24, 13-35

Laurent Guillon Verne

Terre Sainte Magazine, n° 684, Mars – avril 2023, pages 12-13

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