Histoire
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, avant même que les barges n’approchent Sword, Gold ou Juno, six planeurs Horsa décollent de Tarrant Rushton, en Angleterre, remorqués par des bombardiers Halifax. À leur bord se trouve la compagnie D du 2e bataillon Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry, commandée par le major John Howard, renforcée de sapeurs. Leur mission, baptisée Deadstick, est un coup de main : s’emparer intacts de deux ponts, celui du canal à Bénouville et celui de l’Orne à Ranville. S’ils sautent, la 6e division aéroportée britannique, larguée à l’est de l’Orne, se retrouve isolée. S’ils restent aux Allemands, une contre-attaque blindée peut dévaler vers Sword et rouler le flanc gauche de tout le débarquement.
À 0 h 16, le premier planeur, piloté par Jim Wallwork, se pose à une cinquantaine de mètres du pont du canal, si près que l’appareil arrache les barbelés. Deux autres le suivent. Les hommes jaillissent des fuselages. Le lieutenant Den Brotheridge charge à travers le tablier, lance des grenades dans le blockhaus et tombe, mortellement touché : il est souvent considéré comme le premier soldat britannique tué au combat le Jour J. En moins de dix minutes, le pont est pris. Les charges destinées à le faire sauter sont encore dans leurs caisses. Presque en même temps, trois autres planeurs s’emparent du pont de l’Orne, plus tard appelé Horsa Bridge. Les pertes du commando de Howard sont très faibles : deux tués, une quinzaine de blessés.
Il faut ensuite tenir. Vers 1 h 30-3 h, le 7e bataillon parachutiste du lieutenant-colonel Pine-Coffin renforce la tête de pont. Les Allemands contre-attaquent dès l’aube, avec des chars et de l’infanterie. Le café Gondrée, au pied du pont côté Bénouville, devient l’un des premiers bâtiments libérés de France continentale. Vers midi, lord Lovat arrive depuis Sword avec sa brigade de commandos, précédé de la cornemuse de Bill Millin. Parmi ces hommes figurent les Français du commando Kieffer, qui ont débarqué à Ouistreham quelques heures plus tôt. La jonction est faite. Le pont du canal est bientôt rebaptisé Pegasus Bridge, du nom de l’insigne de la 6th Airborne, Pégase.
La suite n’est plus une prise de pont, mais une bataille de plusieurs semaines. Ranville est considérée comme l’une des premières communes libérées. Le cimetière britannique de Ranville, à deux kilomètres du musée, accueille plus de 2 500 tombes, surtout d’aéroportés. Le pont d’origine, trop étroit pour le trafic d’après-guerre, a été remplacé en 1994 par un ouvrage de même profil. L’ancien a été sauvé de la ferraille et installé dans le parc du musée.
Le Mémorial Pegasus
Le Mémorial Pegasus se trouve 1 avenue du Major Howard, 14860 Ranville, au bord du canal de Caen à la mer, face à Bénouville. Téléphone : 02 31 78 19 44. Site : musee.memorial-pegasus.com. GPS.
Inauguré le 4 juin 2000 par le prince Charles, alors colonel en chef du Parachute Regiment, le musée est consacré à la 6e division aéroportée britannique, de la nuit du 5 au 6 juin jusqu’à la fin de la bataille de Normandie, en septembre 1944. Il ne raconte donc pas seulement les dix minutes de la prise du pont : il replace ce coup de main dans l’ensemble de l’opération Tonga, destinée à protéger le flanc est de Sword Beach.
La muséographie s’organise en deux espaces distincts, l’un intérieur, l’autre en plein air. À l’intérieur, le parcours mêle vitrines d’objets personnels, photographies, armes, uniformes, matériel de transmission et de soins, maquettes des deux ponts et un plan-relief du secteur. Au centre du bâtiment, une salle de projection présente un film d’archives, longtemps préfacé par le prince de Galles, autour d’une carte des opérations. Des visites guidées s’appuient sur cette maquette pour faire comprendre pourquoi il fallait prendre les ponts intacts. La pédagogie est claire et assez classique : chronologie, destinées individuelles, lecture du terrain. Comptez environ 1 h 15 à 1 h 30.
Les pièces les plus connues de la collection intérieure sont la cornemuse et le béret vert de Bill Millin, piper de lord Lovat ; l’uniforme du major-général Richard Gale, chef de la 6th Airborne ; le casque aéroporté du major John Howard ; une jeep de la division ; un clairon ayant servi à rassembler le 7e bataillon parachutiste à Ranville le 6 juin ; plus récemment un Bren Carrier et une balise Eureka. Lettres, parachutes et restes de planeurs complètent un fonds qui s’enrichit encore par dons.
Le parc est la partie la plus saisissante. On y voit le pont original de Bénouville, celui du 6 juin 1944, retiré en 1994 et sauvé de la destruction. Les impacts de balles y restent visibles. À côté se dresse une réplique grandeur nature du planeur Horsa PF800, inaugurée en 2004, reproduite d’après les plans d’origine, puisqu’aucun Horsa complet n’a survécu. Un tronçon authentique de fuselage est exposé tout près. Le parc accueille aussi un pont Bailey, un half-track, des canons, un char Centaur restauré, et six stèles aux noms des hommes embarqués dans les six planeurs de Howard.
Le musée ferme le soir du 31 août 2026 pour des travaux de rénovation et d’agrandissement. La réouverture est prévue au printemps 2027. Le pont actuel sur le canal, le café Gondrée et les stèles au bord de l’eau restent accessibles pendant cette période.