Site naturel
Le site naturel est un delta : sables, étangs, sansouires, roselières, embouchure du Petit-Rhône et grand large méditerranéen. La commune, immense et peu peuplée (un peu plus de 2 400 habitants), appartient au paysage de la réserve de Camargue : chevaux blancs, taureaux, flamants roses, lumière plate et vent. Van Gogh y peignit les barques. C’est un rivage de pèlerinage autant que de pêche et de plage.
La légende
La légende en fait le premier port de la foi en Provence. Chassés de Palestine après l’Ascension, des proches du Christ — parmi eux Marie Jacobé et Marie Salomé, souvent associées à Marie-Madeleine, Marthe, Lazare, Maximin et Sidoine — abordent sur une barque sans voile ni gouvernail. Les deux Maries restent en Camargue, fondent un oratoire, font jaillir un puits d’eau douce (encore visible dans l’église). Marie-Madeleine part vers Marseille puis la Sainte-Baume. Sara, dite Sara la Noire ou Sara Kali, entre plus tard dans le récit : servante venue de Palestine, ou jeune femme du pays qui accueille les naufragées. En 1448, le roi René fait fouiller le sanctuaire : on « invente » des reliques attribuées aux Saintes Maries. Sara, elle, n’est pas une sainte canonisée ; son culte, attesté surtout à partir du XVIe siècle, est devenu le cœur de la dévotion des gens du voyage.
L’église-forteresse
Le village s’est serré autour de son église paroissiale Notre-Dame-de-la-Mer, église-forteresse romane des IXe–XIIe siècles, classée monument historique dès 1840. Nef unique, murs épais, meurtrières, chemin de ronde, donjon-abside : elle servait de refuge contre Sarrasins et pirates. À l’intérieur : la barque des Saintes, des ex-voto, un puits, parfois un autel antique. En hauteur, les châsses des reliques. En crypte (XVe siècle), la statue de Sara, couverte de robes et de manteaux offerts par les pèlerins. L’église est ouverte tous les jours (en général 8 h – 18 h en hiver, 8 h – 19 h en été) ; l’accès à la terrasse est payant. C’est à la fois paroisse des Saintois et sanctuaire.
Les pèlerinages
Les pèlerinages superposent plusieurs communautés.
Les 24 et 25 mai, des milliers de Gitans, Roms, Manouches, Sintés et Yéniches viennent d’Europe honorer Sara. Le 24, sa statue sort de la crypte et descend à la mer, portée jusqu’à l’eau — rite fixé dans les années 1930 avec l’appui du marquis de Baroncelli. Le 25, on honore Marie Jacobé : descente des châsses dans la nef, procession de la barque, bénédiction de la mer, avec gardians à cheval et Arlésiennes.
En octobre (autour du 22, fête de Marie Salomé), un second pèlerinage, plus camarguais et provençal, reprend barque et reliques.
S’y ajoutent Pâques, l’Assomption, Noël et la Vierginenco.
L’Église catholique encadre le culte des deux Maries ; celui de Sara, « immémorial » pour les voyageurs, est accueilli dans sa forme traditionnelle. Ici se croisent donc Saintois, gardians, pèlerins provençaux et peuples du voyage : une même plage, trois figures de femmes, et une légende qui relie la Camargue à la Sainte-Baume et à Saint-Maximin.