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L’Apocalypse dans l’iconographie romaine

Apprendre à lire les mosaïques byzantines.

Rome

L’Apocalypse dans l’iconographie romaine

Apocalypse signifie « mise à nue », « prophétie » ou « révélation ». Vision allégorique et symbolique de saint Jean, elle peut être lue comme une description « philosophique » du combat entre le Bien et le Mal, comme un évangile symbolique, comme une lecture de l’histoire du passé ou de l’avenir de l’humanité jusqu’à la fin du monde. Certains passages se situent dans l’époque de saint Jean : impossible de ne pas faire le parallèle entre le sixième roi et Néron, sixième empereur, entre la bête et Néron persécuteur, entre la première bête blessée mais qui reprend vie et César assassiné dont le nom sera repris par ses successeurs. Les chapitres 4 et 5 présentent le Christ tenant la destinée du Monde.

Si l’on en croit par le nombre de représentations qu’il a suscité, l’Apocalypse est un texte de référence qui fait écho auprès des chrétiens jusqu’à la fin du Moyen Âge. Ce texte est difficile à comprendre et nous parait souvent obscure voire ésotérique pour un regard du XXème s. De nos jours, le terme « apocalypse » est synonyme de catastrophe, de fin du monde, d’anéantissement.

L’auteur du texte traduit les idées, la pensée en symboles. Un symbole permet de dire ce que les mots peinent à décrire. La pensée dans l’antiquité ou au Moyen-Age est transmise par des histoires symboliques comme la mythologie dont la vocation n’est pas de raconter une vérité historique mais une vérité spirituelle ou philosophie. Ainsi, les récits mythologiques, la légende dorée, la Genèse mais aussi les représentations byzantines. Beaucoup de chrétiens au Moyen-Âge ne lisaient pas et la pensée se transmettait par des images et les symboles qui leur étaient familiers.

Il s’agit donc pour nous d’interpréter les symboles et les images, et ne pas les prendre au pied de la lettre. Pour comprendre, il faut retraduire. Mais la lecture symbolique n’est plus d’usage, et ce texte tient compte du contexte historique dans lequel il a été écrit.

L’Apocalypse est représentée sur l’Arc Triomphale et dans l’Abside de nombreuses églises byzantines (du Moyen-Âge) à Rome : Sainte-Praxède, Saint-Marc-l’Evangéliste-au Capitole, Sainte-Pudentienne, Saints-Cosme-et-Damien, Sainte-Cécile-du-Trastevere.

 

Quels sont symboles de l’apocalypse dans les mosaïques romaines

▪ Les quatre animaux ailés, les quatre vivants, les quatre évangélistes mais aussi les quatre faces du Christ. Symboles présents dans la mythologie égyptienne, les quatre gardiens du Créateur. Repris dans la vision d’Ézéchiel puis de saint Jean dans l’Apocalypse.

▪ Les vingt-quatre vieillards élus offrent leur couronne à l’agneau dans la vision de saint Jean.

▪ Le livre aux sept sceaux, Jean vit Dieu sur son trône, entouré des anges, tenant dans sa main un livre contenant les destinées du Monde, scellé de sept sceaux que seul l’agneau immolé peut briser.

▪ L’agneau sur l’autel, sacrifice de l’agneau : tradition païenne, tradition juive (l’agneau pascal, sacrifié le jour de Pâques pour commémorer la libération de l’esclavage en Égypte) et tradition musulmane (la fête du mouton). Sa présence sur l’autel précise qu’il est sacrifié et la croix précise qu’il s’agit du Christ. Pour les chrétiens, il est le sacrifice ultime. Symbole de la pureté qui le rend digne dans l’Apocalypse de rompre les sceaux du livre des destinées du monde.

▪ Les sept chandeliers d’or, sept lampes ardentes représentant les sept esprits de Dieu. Écho au chandelier à sept branches du temple de Jérusalem. Dans l’Apocalypse de saint Jean, ils sont directement associés aux sept Églises d’Asie Mineure dont il avait la charge. Les chandeliers symbolisent l’Église, source de lumière qui éclaire le monde.

▪ Le phénix, oiseau légendaire qui renaît de ses cendres symbolisant le cycle de la mort et de la résurrection et le cycle quotidien du soleil. Dans le judaïsme, après Adam et Ève, les animaux mangèrent de l’arbre de la connaissance et partagèrent le même sort mortel. Seul le phénix n’en mangea pas. Dans la mythologie égyptienne, il est la manifestation de Râ ou d’Osiris. Présent aussi dans la mythologie persane. En grec, le même mot désigne le phénix, le palmier (souvent associé au phénix) et les Phéniciens (pays de Canaan, la Galilée). Autant de raisons justifiant l’association de ce symbole au Christ.

▪ Les palmiers, toujours verts. Chez les Grecs et les Romains, le palmier est le symbole de la victoire et la palme devient une décoration (olympique, académique…). Dans la Bible, il est le symbole du juste qui produit le bon fruit (la datte) utile à l’humanité. Le palmier est aussi associé à Souccot, fête de la récolte et fête des cabanes en mémoire de l’Exode. C’est aussi avec les palmes que Jésus est accueilli lors de son entrée à Jérusalem. Les deux palmiers symbolisent l’ancienne et la nouvelle Jérusalem. L’Apocalypse fait la synthèse entre le symbole grec (la victoire) et celui de la Bible (la vie) : la palme devient le symbole des élus et des martyrs (la victoire de la vie).

▪ Le Christ tenant le rouleau, ressuscité après avoir été l’agneau immolé, il a brisé les sept sceaux et tient le livre des destinées. Le positionnement des symboles et la lecture des représentations créent une véritable conversation entre la mosaïque de l’abside et celle de l’arc triomphal.

▪ La Jérusalem céleste. Selon dans la vision de l’Apocalypse, la Jérusalem céleste est l’image du lieu où les fils et filles de Dieu vivront leur éternité. Elle serait la ville sainte, la demeure de Dieu, un lieu spirituel. Saint Jean fait une description bien détaillée de ce lieu de bâtiments en pierres précieuses, en or pur et toujours baigné par la lumière divine. Le texte affirme que, pour rester dans ce lieu, il faut être pur et sans fautes.

 

Quel est le sens de cette révélation ?

On peut supposer que l’Apocalypse a été écrite pour les premières communautés chrétiennes afin de montrer, en s’appuyant sur les grandes prophéties de l’Ancien Testament, que Jésus est le Messie attendu et déjà annoncé par les prophètes. Elle aurait été rédigée pour soutenir les chrétiens persécutés.

Son message principal est la victoire du bien sur le mal, de la lumière sur les ténèbres. Elle annonce la victoire de Dieu sur Terre. L’auteur de l’Apocalypse invite les chrétiens notamment persécutés à avoir foi en Jésus, à exprimer et à vivre dans leur chair ce que Lui-même a enduré. Il leur dit d’espérer et d’aimer, de tenir bon malgré les difficultés de l’époque, car le règne de Dieu est déjà proche. L’histoire chrétienne présentée dans l’Apocalypse est tout entière dirigée vers le salut de l’humanité.

Pourquoi ce texte si populaire reste-t-il durant un millénaire ? L’usage d’une lecture par symbole est d’autant plus important jusqu’au Moyen-Âge que la lecture reste l’apanage d’une élite. S’il n’y a plus de persécutions, les aléas et les difficultés de la vie maintiennent une psychologie en tension qui donne tout son sens au message de l’Apocalypse.

 

Alain DEBLOCK