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Sous le manteau protecteur de la Vierge ou Visitation à Ein Karem

Un article de Laurent Guillon Verne pour Terre Sainte Magazine  Israël & Palestine - Pèlerinage Sous le manteau protecteur de la Vierge ou Visitation à Ein Karem

Dans la verdure à une encablure  de Jérusalem se trouve « la source du vignoble »  (en Hébreu) EIN KEREM. Lieu saint commémorant la visite de Marie à Élisabeth et le Magnificat. D’autres traditions y situent la maison de Zacharie et le rocher où Jean-Baptiste aurait été caché. Le premier aménagement religieux date de l’époque byzantine. Mais c’est aux croisés que l’on doit l’église actuelle. L’ensemble du site a été restauré par les franciscains auxquels il appartient depuis plusieurs siècles.

De la Parole

En 1726, les franciscains creusent pour construire une tombe. Soudain, une petite pièce souterraine apparaît. Par peur du gouvernement musulman, ils rebouchent la découverte. Ce n’est qu’en 1861 qu’on pénètre enfin dans la crypte. On y découvre :

  • Un canal relié à la source et ayant servi à la maison sans doute occupée au Ier s. av. J.-C.
  • Le tunnel et la mosaïque aménagés par les Byzantins pour faire de l’espace un lieu de culte
  • Le rocher vénéré par les Byzantins
  • Des fresques croisées (remplacées par les peintures modernes)
  • Une porte croisée qui menait à l’église supérieure (emplacement de l’autel)

Depuis l’époque byzantine, on localise la maison de Zacharie, père de Jean-Baptiste, au niveau de la crypte actuelle. Mais il n’existe pas de texte plus ancien pour confirmer ou infirmer cette tradition. Il est vrai que les fouilles ont révélé les restes d’un habitat ancien, probablement occupé à l’époque de Zacharie, mais rien ne prouve qu’il s’agissait de sa maison. D’autant plus qu’une autre tradition situe la naissance de Jean-Baptiste sur une colline voisine. Cet emplacement aurait également pu correspondre à la maison de Zacharie.

Lorsque les croisés s’installent, pour eux, il s’agit du lieu de la visitation et non du rocher cachant saint Jean-Baptiste lors du massacre des Innocents. C’est un épisode clef qui met en lumière la foi de Marie : lorsque Gabriel annonce à Marie qu’elle va enfanter le sauveur, il lui précise aussi que sa cousine Élisabeth est sur le point d’accoucher. Or, Élisabeth est stérile et âgée. Marie, qui n’a pourtant aucun moyen de savoir si elle-même est enceinte, ne doute pas de cette double annonce : elle se rend en hâte chez Elisabeth qui s’écrit « Heureuse, celle qui a cru ! ». Leur rencontre provoque une reconnaissance mutuelle de leur vocation. Les croisés construisent une église commémorative de l’événement au-dessus de la « maison de Zacharie » qui devient la crypte.

Dans l’église supérieur les fresques latérales sont une catéchèse miniature sur Marie. Chaque panneau exprime l’une de ses spécificités. Il faut lire l’image du centre vers les extrémités :

Au centre, Marie à Cana se fait médiatrice entre Dieu et les hommes.

Puis, ce sont des images de Marie protectrice de l’humanité. À droite, elle prend les hommes dans son manteau, symbole de miséricorde. À gauche, c’est la bataille de Lépante : en 1571, l’Occident chrétien est menacé par les Turcs musulmans. Le pape fait dire la prière du rosaire. L’Occident victorieux considère qu’il a été sauvé par Marie.

Enfin, aux extrémités de la fresque, deux dogmes*. À gauche, le concile d’Ephèse, en 431, proclame Marie comme mère de Dieu. À droite, Duns Scott soutient, au XIIIe s., que Marie est immaculée, c’est-à-dire conçue sans péché. Ce dogme sera promulgué en 1854, peu avant les apparitions de Lourdes

La femme de l’Apocalypse

Au-dessus de L’orgue, la femme de l’Apocalypse. « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte… »

Cette vision de saint Jean rapportée dans l’Apocalypse* a été interprétée par les chrétiens comme une image de Marie. À partir du Moyen-Âge, elle est à l’origine des représentations de la « Vierge de l’Apocalypse ». Ici, l’artiste franciscain a repris les attributs traditionnels de la lune et du soleil. Puis, il a inséré des traits originaux :

  • Les collines d’Ein Karem en arrière-plan
  • Le manteau de la femme se transformant en rayons de soleil
  • La présence de l’enfant (la femme n’est plus enceinte)

Tous les éléments sont des clefs de lecture. Le soleil, la lune et la femme nous projettent à la fin des temps. La femme est Marie, mère du fils de Dieu : elle tient Jésus dans ses bras. Jésus est représenté enfant pour montrer que sa venue, proclamée lors de la Visitation (évoquée par les collines d’Ein Karem), s’est réalisée. Il est aussi le prince de gloire revenu à la fin des temps. Le mouvement ascensionnel montre que l’humanité est invitée, par l’intermédiaire de Marie, à l’accueillir comme source de la vie éternelle.

Invitation :

Que l’on soit dans l’église supérieur, dans la crypte, dans le jardin ou devant le mur des panneaux en céramique ou se trouve écrit le Magnificat en soixante-huit langues, nous sommes tout naturellement invités à écouter et à redire, les mots que Marie prononce en laissant éclater sa joie sous la forme d’un hymne de louange lors de sa rencontre avec Élisabeth. Le Magnificat. Ses mots font écho à ceux du cantique d’Anne, mère de Samuel dans l’Ancien Testament. Marie l’a prononcé en araméen. Chaque jour l’église propose lors du la prière du soir (ou vêpres) de le redire.

Visitation : Lc 1, 39-45 ; Cantique d’Anne : 1S, 2-10 ; Femme de l’apocalypse : Ap 12, 1-2.

Laurent Guillon Verne

Terre Sainte Magazine, n° 683, Janvier – février 2023, pages 12-13

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