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Contactez-nous ! Contactez-nousSaint Benoît et saint Grégoire : aux sources de l’Europe chrétienne
Du silence des monastères à la conduite du monde : deux saints à redécouvrir
« Il y eut un homme, vénérable par la sainteté de sa vie, BÉNI de nom et d’effet. Dès les jours de son enfance il eut la maturité du vieillard, et, grâce à sa sagesse, il franchit l’âge des passions sans y livrer jamais son cœur ».
C’est ainsi que saint Grégoire introduit la vie de saint Benoît, dans le livre II de ses Dialogues. Pourquoi redécouvrir la vie de ces deux grands saints ?
Aux VIᵉ siècle, alors que l’Occident sort à peine de l’effondrement de l’Empire romain, deux figures majeures émergent et vont profondément marquer l’histoire spirituelle, culturelle et sociale de l’Europe : saint Benoît de Nursie (v. 480 – 547) et saint Grégoire le Grand (v. 540 – 604). Séparés par une génération mais unis par une même vision du christianisme, ils apparaissent aujourd’hui comme deux piliers complémentaires de la formation de l’Europe chrétienne. Entrer dans leurs pas, c’est comprendre les étapes décisives de la construction de la chrétienté en Occident, mais aussi, redécouvrir deux grandes figures, celle du monachisme et celle de la papauté, qui se révèlent particulièrement inspirantes aujourd’hui.
Saint Benoît : fondateur de la vie monastique européenne
Originaire de Nursie, saint Benoît renonce à ses études et s’installe à Subiaco, dans une grotte, pour y vivre en solitude, « savamment ignorant et sagement inculte », nous dit saint Grégoire. En cette fin de VIe siècle, on assiste aux balbutiements du monachisme européen, caractérisé par de grands élans spirituels, et par une certaine fragilité.
Un monachisme encore instable
Issu d’une tradition orientale transmise par des moines ermites, puis peu à peu organisés en monastères, le monachisme occidental est assez dispersé. On compte des ermites isolés, des communautés souvent instables, régies par des règles multiples, parfois contradictoires.
Saint Benoît lui-même en fait les frais : après la demande insistante et répétée d’une communauté de moines se retrouvant sans supérieur, qu’il commence par refuser, il accepte d’en prendre la tête. Il se trouve très vite confronté aux mœurs dissolues de ces moines qui iront jusqu’à tenter de l’empoisonner ! Il déjoue l’assassinat par un miracle, car le vase contenant le poison se brise au moment de le bénir. Saint Benoît s’en retourne alors à Subiaco, son ermitage, où Grégoire nous dit qu’« il habita avec lui-même ».
- A découvrir : le Sacro Speco, où saint Benoît se retira au VIème siècle pour méditer et prier, les magnifiques fresques médiévales, une bibliothèque qui conserve des manuscrits anciens.
De la grotte aux monastères
Retourné vivre en solitude, le saint homme attire à lui, par ses vertus et ses miracles, un nombre croissant de moines et de fils de notables, si bien qu’il doit y édifier pas moins de douze monastères. Contraint dans son œuvre par les embûches tendues par un certain Florentius, prêtre voisin, jaloux du succès du saint homme, saint Benoît choisit de partir fonder une nouvelle communauté au Mont Cassin, à mi-chemin entre Rome et Naples, qui deviendra l’épicentre du monachisme occidental.
L’Abbaye du Mont Cassin est traversée par une histoire mouvementée : plusieurs fois détruite par des invasions et des guerres successives, elle a subi plusieurs reconstructions et restaurations. C’est en particulier sous l’abbé Desiderius qu’elle connaît un rayonnement exceptionnel : poursuivant l’ambition d’en faire un édifice comparable aux grandes basiliques romaines, il dote l’ancien édifice d’une bibliothèque, d’un logis pour l’abbé, d’un dortoir et d’un cloître. Pour décorer la basilique Saint-Martin, il fait venir de Constantinople les maîtres de la mosaïque et de la marqueterie de marbre, faisant de l’ordre bénédictin un précurseur dans cet art.
- A découvrir : l’abbaye territoriale du Mont Cassin, fondée en 529 par Benoît de Nursie, épicentre de l’ordre bénédictin, lieu de rédaction de la célèbre règle.
La naissance de la règle bénédictine
C’est surtout au Mont Cassin que saint Benoît rédige et structure la Regula Benedicti : 73 chapitres régissant la vie pratique et spirituelle des moines et des moniales. Ce texte est porteur d’un ensemble de préceptes d’une nouveauté radicale :
Non un système théorique mais une règle de vie : la règle de saint Benoît est incarnée, elle s’intègre dans tous les aspects de la condition humaine. La Règle offre ainsi la possibilité d’intégrer la radicalité du message évangélique à la vie pratique de milliers d’hommes et de femmes.
Une anthropologie réaliste : la Règle se distingue aussi par sa grande modération. Loin des ascèses excessives qui étaient fréquentes dans ces premiers temps de la vie monastique, elle tient compte de la fragilité humaine. Suivant le principe clé de la mesure (mensura), elle s’adapte au faible, au malade, afin d’écarter toute dérive vers une forme d’exploit spirituel. La bonne nouvelle, c’est que la sainteté devient accessible au plus grand nombre !
Une pédagogie millimétrée : en fin connaisseur de l’âme humaine, saint Benoît invite par sa Règle à la fidélité, la persévérance et l’humilité par la répétition. Il fonde ainsi une école de vie, qui infusera toute la chrétienté européenne. Le livre II des Dialogues de SG l’illustre par de multiples exemples, épisodes, que l’on découvre au fil des pages comme on lirait un feuilleton de la vie monastique. On y découvre, non sans sourire, les trésors de pédagogie déployés par saint Benoît pour éduquer, former, raisonner les moines dont il a la charge.
Le vœu de stabilité : nouveauté radicale de la règle bénédictine, qui met fin à un monachisme instable, parfois itinérant, pour entériner l’enracinement du moine dans un lieu, une communauté et une histoire commune.
L’autorité de l’abbé est, elle aussi, repensée : prenant le contre-pied de supérieurs rigides et peu éclairés, saint Benoît fait de l’abbé une figure paternelle, responsable de ses âmes devant Dieu, mais aussi attentif à chacun et serviteur de tous. Le principe d’obéissance prend ainsi tout son sens, et l’on voit émerger une nouvelle forme de gouvernance spirituelle qui inspira profondément SG.
Ora et labora : en régissant la vie monastique par un équilibre subtil entre travail et prière, saint Benoît fait du travail un véritable lieu de sanctification. Par la même occasion, il fonde le principe de l’autonomie économique et matérielle des monastères, qui deviendront durant tout le moyen-Âge, des centres de rayonnement majeurs de la vie économique.
De saint Benoît à saint Grégoire
C’est dans cet idéal de la vie monastique que naît saint Grégoire, à Rome, en 540, dans une famille patricienne dont la maison fut transformée plus tard en monastère. Promis à une grande carrière politique, il abandonne sa charge de préfet de la ville, et fonde, en 575, un monastère qu’il établit sous la règle bénédictine. Il est à l’origine de six monastères en Sicile et un à Rome. En humble moine bénédictin, il se serait probablement contenté de cette vie de travail et de prière. Mais la crise profonde que traverse la chrétienté à la fin du VIe siècle le conduit à accepter la charge pontificale. Lorsqu’il est élu pape en 590, Rome est appauvrie, dépeuplée, menacée par les Lombards, l’administration impériale byzantine est lointaine et inefficace et la papauté est balbutiante. Moine avant d’être pape, pétri des préceptes de saint Benoît, saint Grégoire le Grand va refonder en profondeur la fonction pontificale. À travers ses lettres, ses Homélies sur l’Évangile et sa Règle pastorale, il fait du monachisme bénédictin un pilier de la chrétienté occidentale. En écrivant ses Dialogues (dont le livre II consacré à saint Benoît), il donne vie à toute une assemblée de grands saints italiens, qu’il propose en exemple pour tous les fidèles.
Une papauté « monastique »
Adoptant le titre de Servus servorum dei, saint Grégoire définit sa charge épiscopale comme un service : le pape n’est pas un souverain, mais un pasteur responsable des âmes. Ce modèle marquera durablement la conception chrétienne de l’autorité en Europe, jusqu’à notre bon saint Louis, notamment. Grégoire est profondément bénédictin dans sa manière de gouverner : une large place est donnée à l’intériorité et au discernement, à la maîtrise de soi à l’humilité et au souci du plus faible. « Gouverner les autres suppose d’abord de se gouverner soi-même. », écrit-il dans sa Règle pastorale.
Une nouvelle manière de penser l’ancrage temporel de l’Église
Appelé pour gérer une des crises les plus terribles de la chrétienté occidentale, Grégoire s’attelle à de grands chantiers que l’État a désertés : organiser le ravitaillement de Rome, gérer les terres ecclésiastiques, négocier avec les Lombards pour éviter la ruine de Rome, protéger les populations. Il montre ainsi que l’Église peut assumer une mission temporelle sans jamais perdre de vue sa vocation spirituelle.
Une église missionnaire et structurante pour l’Europe :
Inspiré par cet idéal de mesure propre au monachisme bénédictin, saint Grégoire a cette intuition décisive : évangéliser sans détruire. Ainsi, lorsqu’il envoie saint Augustin de Cantorbury pour évangéliser le peuple anglo-saxon, il encadre précisément sa mission : ne pas convertir sous la contrainte mais en sensibilisant les chefs d’État, ne pas raser les temples mais les transformer en églises, convertir les fêtes païennes en fêtes chrétiennes, etc.
Les fondations de la liturgie
Au VIe siècle, les pratiques liturgiques sont variables d’une région à l’autre, et les rites se transmettent surtout oralement. Devant ce manque d’unité et de cohérence, Grégoire donne à la liturgie romaine une forme stable, transmissible et normative. Il réorganise et clarifie les prières de la messe, le calendrier liturgique, les textes…
L’objectif de cette réforme est notamment missionnaire : désormais codifiée, la liturgie devient un formidable outil de diffusion et de pédagogie dans le monde entier.
Convaincu que le chant est une forme de prière et qu’il est accessible à tous les fidèles, il insuffle une tradition musicale très forte, qui deviendra durant le Moyen-Âge, le chant grégorien, ainsi appelé en l’honneur du saint.
- A découvrir : l’église San Gregorio al Celio à Rome, fondée en 575 après J.-C., dédiée à saint Grégoire le Grand, érigée sur les fondations de sa demeure familiale. Au fond de la nef droite, une petite chapelle, peut-être l’ancienne cellule du saint, abrite le siège épiscopal en marbre de Grégoire, datant du Ier siècle avant J.-C.
Pour découvrir notre programme complet sur les pas de ces deux grands saints, contactez Ghislain de Crémiers : ghislain.decremiers@terralto.com / +33 7 77 26 34 05.
Victoire Duchêne