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Arménie, Égypte, Grèce, Jordanie, Turquie : cinq terres saintes auxquelles vous ne pensiez pas
La géopolitique actuelle en Israël et dans les territoires palestiniens contraint l’accès des pèlerins à la Terre Sainte. Cette situation n’est pas nouvelle dans l’histoire de cette terre qui a connu bien des rebondissements. À toutes les époques, les pèlerins européens ont su s’adapter pour vivre cette démarche essentielle de toute vie chrétienne.
Israël est inaccessible : un petit détour par l’histoire nous invite à reconsidérer ces authentiques « terres saintes ». Osons la Grèce et la Turquie de saint Paul, l’Arménie, première nation baptismale, ou encore la Jordanie de Moïse ou l’Égypte de la sainte famille. Voilà cinq terres saintes par leur histoire, leur lien intime avec la vie du Christ et la naissance de l’Église.
La naissance du pèlerinage à Jérusalem (IVᵉ–VIᵉ siècles)
C’est à partir du IVe siècle, avec la christianisation de l’Empire romain, que s’épanouit le pèlerinage à Jérusalem. Constantin fait ériger le complexe du Saint‑Sépulcre (326‑335) et la basilique de la Nativité à Bethléem, qui dotent la ville sainte de lieux de dévotion de grande ampleur.
Dans ces mêmes décennies, la « Terre sainte » se cartographie autour des pas du Christ et de l’Ancien Testament (Galilée, vallée du Jourdain, désert de Judée), tout en débordant déjà au-delà de Jérusalem (Nazareth, Bethléem, mont des Oliviers, etc.).
Le tournant du VIIᵉ siècle : avec la conquête arabe, l’accès à en Terre Sainte devient encadré
En 637, Jérusalem passe sous domination arabe. Le pèlerinage ne disparaît pas : il demeure globalement autorisé, mais encadré (impôts, restrictions) et dépendant d’autorités désormais musulmanes. Cette mutation politique n’abolit pas la topographie chrétienne, mais en reconfigure les conditions d’accès.
Au fil des siècles, selon les conjonctures, l’accès devient plus onéreux et moins sûr ; ces difficultés croissantes nourrissent, côté latin, un imaginaire de la privatisation des Lieux saints, préfigurant les appels au rétablissement militarisé de l’accès aux lieux saints.
La période médiévale : l’essor de nouvelles routes de pèlerinage
Au moyen-âge (XIᵉ–XIIIᵉ siècles), le pèlerinage devient de plus en plus périlleux et militarisé. Dans le même temps, le recours à d’autres sanctuaires se développe.
La fin du XIᵉ siècle voit la montée en puissance des Seldjoukides : les itinéraires deviennent plus dangereux et coûteux pour les pèlerins chrétiens d’Occident, ce que les chroniqueurs décrivent comme une entrave au libre pèlerinage. En 1095, l’appel d’Urbain II au concile de Clermont présente une réponse militaire à ce blocage : libérer les Lieux saints et sécuriser les routes. C’est le début de l’ère des croisades.
C’est aussi à ce moment, lorsque Jérusalem est inaccessible ou trop risquée, que les chrétiens se tournent vers d’autres terres significatives de l’histoire du salut : l’Égypte, consacrée par la Fuite de la Sainte Famille, l’Asie Mineure, actuelle Turquie, terre apostolique par essence, ou la Jordanie, dont le nom porte en lui-même le nom du fleuve où fut baptisé le Christ. Ces régions deviennent alors de véritables substituts spirituels. C’est ainsi tout un réseau de lieux saints qui s’étoffe tout au long de la période médiévale tardive.
Saint Jacques, l’essor d’une dévotion
Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle prend également de l’ampleur : « on a calculé qu’entre 1050 et 1300, 25 millions de pèlerins sont venus à Saint-Jacques » *. Cette dévotion pour la tombe de saint Jacques s’inscrit dans le contexte de la Reconquista et de la quête d’une nouvelle figure spirituelle forte, mais aussi de l’impossibilité de se rendre sur le tombeau du Christ.
Rome ou la « petite Jérusalem »
Rome incarne comme nulle autre cette « seconde Jérusalem » née du transfert des reliques des apôtres et à l’édification des grandes basiliques patriarcales. En allant à la rencontre, notamment des quatre basiliques majeures de Rome, c’est l’ensemble du monde chrétien que le pèlerin est appelé à habiter : Saint-Jean-de-Latran, mère et tête de toutes les églises, Saint-Pierre-de-Rome, construite sur la tombe de l’apôtre Pierre, Saint-Paul-Hors-les-Murs, élevée sur le lieu traditionnel du tombeau de l’apôtre Paul et Sainte-Marie-Majeure, basilique mariale de Rome. On afflue ainsi de toute l’Europe (depuis la France par la Via Francigena), pour vivre cette démarche à la fois pénitentielle et jubilaire.
Sacri Monti : vivre le pèlerinage… a casa
Bien plus tard, aux XVe et XVIIe siècle, se développeront même en Italie du Nord de véritables petites « Jérusalem de papier » : les Sacri Monti de Varese, Varallo ou encore Oropa. Une catéchèse poignante d’humanité, incarnée par des chemins de croix jalonnés de scènes de la passion grandeur nature, ou encore des topographies imitées de Jérusalem. En Italie, mais aussi dans tout le reste de l’Europe, ces sanctuaires offrent, en leur temps, la possibilité de vivre une démarche de pèlerinage (bien souvent à genoux !), lorsque l’Orient est perçu comme lointain, coûteux ou périlleux.
Alors, envisageons ces terres saintes avec le regard des pèlerins du moyen-âge : laissons-nous toucher par ces lieux qui jalonnent l’histoire de la Chrétienté.
- L’Arménie: première nation chrétienne, partez à la rencontre d’un peuple édifiant, par ses origines baptismales comme par son incroyable résilience.
- L’Égypte: découvrez cette terre où est née l’intuition d’un dieu de relation, préfigurant les grands monothéismes.
- La Grèce: écoutez donc résonner l’exhortation de Paul aux Athéniens, adorateurs du fameux « dieu inconnu », « Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer ».
- La Jordanie: revivez le baptême du Christ à Béthanie-au-delà-du-Jourdain, et plongez dans cette terre profondément enracinée dans les origines du christianisme.
- La Turquie: suivez les pas de saint Paul, et revivez la grande aventure que relatent Actes des Apôtres : la naissance de l’Église
* Pèlerinages et sanctuaires du monde chrétien, Gioia et Fernando Lanzi, le Rouergue, 2005
Victoire Duchêne